Assistant d’éducation : sous-métier de la fonction publique ?

Les assistants d’éducation (AED) des lycées et collèges sont l’une des fonctions les plus précaires de l’Éducation nationale. Face à cette situation, les assistants d’éducation se mobilisent : ils demandent notamment une amélioration de leurs conditions de travail, de leur statut et dénoncent une absence de formation et de reconnaissance de leur fonction, pourtant essentielle dans les établissements secondaires. Leur récente grève est l’occasion de revenir sur la situation précaire de ces contractuels, véritable exception dans la fonction publique au regard des grands principes du statut général des fonctionnaires définis en 1946.

Une précarisation croissante de la fonction ?

Les AED ne sont pas fonctionnaires, ce sont des agents non-titulaires de la fonction publique. Leur statut n’est donc ni régi par le principe d’égalité, qui veut que l’on entre par voie de concours dans la fonction publique, ni par le principe d’indépendance, qui prévoit notamment que le grade soit distinct de l’emploi. Cette mesure confère au fonctionnaire un droit qui n’est pas attaché à son poste, mais à sa personne même : un droit à carrière et au salaire qui lui permet d’évoluer sereinement.

Actuellement, les AED ont des contrats courts et sont payés au SMIC : il s’agit de contrats à durée déterminée renouvelables chaque année dans la limite de six ans. Les AED peuvent travailler à temps complet et à temps incomplet, en internat ou en externat, parfois les deux à la fois. Ceux qui travaillent en internat, chargés du service de nuit, dorment sur leur lieu de travail et leurs heures de nuit sont bien loin d’être toutes rémunérées : le service de nuit est « décompté forfaitairement pour trois heures ». En clair, des AED peuvent cumuler, dans certains cas, jusqu’à plus d’une cinquantaine d’heures de service dans une semaine. C’est pourquoi certains syndicats réclament le paiement et la comptabilisation de toutes les heures de nuit.

Public élargi, formation réduite

Le statut d’AED n’existait pas avant 2003. Celui-ci a remplacé et fusionné deux statuts qu’étaient ceux de maître d’internat (MI) et de surveillant d’externat (SE). Le statut de MI s’orientait davantage vers les métiers de l’enseignement et de l’éducation, alors que celui d’AED permet désormais de recruter un public qui ne se destine pas forcément à ce type de carrière.

Dès lors se pose la question de la formation : si le public recruté est élargi, y compris aux personnes n’ayant aucune expérience du milieu éducatif, il devrait être indispensable qu’il soit formé en vue d’assurer un service public de qualité. Or, ce n’est pas forcément le cas, certains syndicats dénoncent d’ailleurs ce problème qui persiste malgré l’article 6 du décret de 2003 qui prévoit que les AED « suivent une formation d’adaptation à l’emploi, incluse dans le temps de service effectif, dans les conditions fixées par l’autorité qui les recrute. » Cette situation peut causer plusieurs problèmes : la formation des nouveaux arrivants AED est assurée, dans les faits, soit par la hiérarchie, à savoir les chefs du service de vie scolaire que sont les conseillers principaux d’éducation (CPE), soit par les collègues AED déjà en poste avec plus ou moins d’expérience. Cela revient à mettre sous pression le service de vie scolaire régulièrement, et par voie de conséquence, tous les personnels et élèves de l’établissement.

Des assistants d’éducation (AED) en grève à Clermont-Ferrand rassemblés devant le rectorat de l’Académie le 1er décembre 2020 © CGT Éduc’action 63

Pour quelle reconnaissance ?

Si l’inexistence de formation et la quasi-impossibilité d’une carrière publique tendent à nier la fonction d’AED comme un vrai métier, c’est aussi ce que suggère le manque de valorisation de cette expérience. Ainsi, au bout de six ans, on peut toujours être payé autant qu’au tout premier mois, sans que l’expérience accumulée soit reconnue. Et pourtant, les compétences acquises pourraient être transférées à d’autres fonctions. En effet, les AED sont amenés à remplir diverses missions : encadrement et surveillance des élèves, appui des personnels enseignants pour le soutien et l’accompagnement pédagogiques, aide à l’utilisation des nouvelles technologies, participation à toute activité éducative, sportive, sociale, artistique ou culturelle complémentaire aux enseignements. Sans oublier l’aide aux devoirs et aux leçons, la participation aux actions de prévention et de sécurité conduites au sein de l’établissement, ainsi que les capacités d’adaptation nécessaires pour pour combler le manque d’effectif régulièrement dénoncé.

L’inexistence de formation et la quasi-impossibilité d’une carrière publique tendent à nier la reconnaissance de la fonction d’AED.

Des contractuels aux volontaires en service civique : le droit du travail en péril

L’absence de reconnaissance de la fonction d’AED comme métier est peut-être davantage visible du fait de deux tendances : d’une part, le recours massif aux contractuels, déjà entamé et touchant plus largement les personnels dans l’Éducation nationale (professeurs, administratifs, etc.), et d’autre part, le recours plus récent à des volontaires en service civique (VSC), dont les missions peuvent recouvrir celles des AED, et qui n’épargne pas non plus les autres personnels.

La précarisation par le recours aux contractuels est grandissante dans la fonction publique. Entre 2007 et 2017, la part des contractuels dans les trois fonctions publiques (d’État, territoriale et hospitalière) est passée de 15,2 % à 18,4 % selon le rapport de 2019 de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP). Mais qu’est-ce qui différencie les contractuels des fonctionnaires en termes de statut ? Les contractuels « coûtent moins cher », du moins, d’après le point de vue de ceux qui entendent employer l’argent public à autre chose qu’à la rémunération des personnels du service du public et qui les considèrent comme de simples coûts.

Les contractuels, à la différence des fonctionnaires, n’ont pas de grade, ne peuvent pas gravir les échelons qui déterminent leur rémunération, ni voir celle-ci évoluer au cours d’une carrière publique. Pour les AED,
spécifiquement, être contractuel suppose de faire une demande de renouvellement du contrat d’une année sur l’autre. À la hiérarchie ensuite de décider du renouvellement ou non, et en la matière, il n’est pas rare que du chantage et des pressions interviennent à ce moment crucial où l’arbitraire peut frapper.

Si le recours aux contractuels est déjà un recul en matière de droits, le recours aux volontaires en service civique marque une étape supplémentaire vers la précarisation dans la fonction publique. Pour rappel, un volontariat en service civique est indemnisé à près de 580 euros par mois, soit bien moins que le montant d’un SMIC. La loi de 2010 relative au service civique est on ne peut plus claire quand elle prévoit que « le contrat de service civique ne relève pas des dispositions du code du travail ». À cela s’ajoute le fait qu’il n’y a aucune obligation de formation et de recrutement de personnels qualifiés pour l’employeur, que ce type de contrat n’ouvre pas le droit au salaire, mais à une indemnité et rend impossible pour l’employé le moindre recours en cas de conflit avec son employeur.

Les volontaires en service civique vont-ils remplacer un jour les assistants d’éducation ?

L’Éducation nationale n’est pas épargnée par cette tendance : en 2010, son ministère, représenté par Jean-Michel Blanquer, alors directeur général de l’enseignement scolaire, a signé une convention cadre avec l’Agence du service civique, représenté par son président de l’époque, Martin Hirsch. Celle-ci prévoit dans l’article 2 que « tout établissement public local d’enseignement (EPLE) ou établissement public d’enseignement rattaché au ministère [de l’Éducation nationale] peut demander un agrément pour accueillir des volontaires sur un projet spécifique dans le but de mobiliser diverses compétences nécessaires à l’exercice de sa mission d’intérêt général. » Les collèges et lycées peuvent donc accueillir des volontaires en service civique dont les missions citées dans la convention cadre recouvrent celles des AED : l’article 4 mentionne notamment « aide et accompagnement des élèves en classe pendant les cours », « participation à l’encadrement et à l’animation d’activités hors temps scolaires (activités artistiques, culturelles et sportives, ateliers, sorties scolaires…) » et « aide aux devoirs et aux leçons ».

Dans un contexte de manque d’effectif, on peut légitimement trouver préoccupant que des volontaires en service civique puissent remplir les mêmes missions que les AED. Les volontaires en service civique vont-ils remplacer un jour les assistants d’éducation ? Ce qui est certain, c’est que c’est bien par cette voie que la précarisation gagne l’Éducation nationale et la fonction publique, et certains syndicats tirent la sonnette d’alarme comme la CGT ou le SNES qui dénoncent une déréglementation du travail par le biais du service civique. La titularisation des AED n’est véritablement pas à l’ordre du jour.

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La « Marque France » : déboires et dangers du marketing appliqué à la nation

Pris dans un référentiel néolibéral qui les pousse à l’attractivité et à la compétitivité, les territoires – et à leur tête ceux qui les gouvernent – ont recours depuis plusieurs décennies au marketing pour se distinguer sur la scène internationale. Cherchant à accroître leur « réputation concurrentielle », villes, métropoles, régions, mais aussi nations, conçoivent des « marques territoriales ». Dans ce contexte, l’avènement de « marques pays » interroge quant au lien entretenu par le néolibéralisme avec l’idée de nation. Pour Simon Anholt, à l’origine du concept, la « marque pays » ou « marque nation », peut se définir comme « une identité nationale rendue tangible, solide, transmissible et utile ». Une telle définition laisse poindre la tension latente entre le projet d’élaboration d’une identité de marque compétitive pour un pays et l’identité nationale inhérente à ce dernier. C’est ce qu’illustre le cas de la « Marque France » qui, sous les diverses formes qu’elle revêt, altère l’idée nationale française, en tant que communauté de destin politique, par la création d’un récit économique et culturel ancré dans les promesses du modèle néolibéral.

Tout n’est pas marketing, mais le marketing s’intéresse à tout. Voilà ce qu’aurait pu écrire Machiavel s’il avait été notre contemporain. Telle est en tout cas la réalité du monde qui est le nôtre, où rien, ou presque, ne semble échapper à l’emprise du marketing. C’est celle d’un monde néolibéral, où la concurrence économique s’est imposée comme base des relations sociales, dans tous les domaines de la vie humaine. Un monde au cœur duquel l’individu moderne lui-même, devenu « sujet entrepreneurial »[1], autonome, rationnel et performant, cherche à se distinguer et à se vendre au sein d’un environnement hautement concurrentiel. Dans un tel univers, la marque s’impose de fait comme un véritable outil stratégique. Bien plus qu’un simple signe distinctif, elle s’illustre par sa capacité à produire et transmettre un ensemble d’éléments cognitifs, affectifs et conatifs. En somme, une marque a le pouvoir de créer de la valeur pour celui ou celle qui la revêt.

La marque territoriale permet de modifier l’image et les représentations associées au territoire pour servir l’ambition d’attractivité et de compétitivité des collectivités et de leurs dirigeants.

À l’échelle territoriale, cette production de valeur ajoutée se matérialise en « surplus d’attractivité »[2]. Dans la compétition qui les oppose pour attirer investissements, touristes et « classes créatives », bon nombre de collectivités locales ont en effet compris que les caractéristiques matériels et immatériels de leur territoire, supposées ou avérées, pouvaient leur permettre de soigner leur réputation. Plus qu’une question de compétition, il s’agit davantage pour ces collectivités de s’inscrire dans une logique de différenciation. Par le biais de leur marque territoriale, elles développent ainsi des « avantages comparatifs », qui leur permettent de se distinguer des autres collectivités.

Logo, charte graphique, slogans, et création d’un univers imaginaire et sensoriel autour des atouts du territoire : la marque territoriale emprunte ce qui se fait de mieux en matière de stratégie marketing. Elle permet ainsi de modifier l’image et les représentations associées au territoire pour servir l’ambition d’attractivité et de compétitivité des collectivités et de leurs dirigeants.

La nation : une marque comme les autres ?

Autre échelle, mêmes principes. Bien conscients que l’image qu’ils projettent à l’international leur permet d’attirer des investissements et de promouvoir le tourisme, les gouvernements nationaux, notamment ceux d’Amérique latine, ont hâtivement pris le plis de l’injonction marketing à partir du début des années 1990.

La « marque nation » répond à deux impératifs. D’une part, elle permet l’élaboration d’une « identité compétitive », en vue de créer un « produit-pays » distinctif et désirable sur le marché mondial. D’autre part, elle renforce l’identité et le sentiment d’appartenance au sein même de la communauté nationale[3]. La marque nation est ainsi à la fois dirigée vers l’extérieur et l’intérieur des frontières nationales : en valorisant et promotionnant tout ou partie de l’identité nationale, elle garantit au pays d’acquérir une « réputation concurrentielle »[4] à l’étranger et renforce l’estime de soi et l’unité nationale.

La nation, tout comme la marque, se construit autour de valeurs fondatrices, qu’elle incarne et promeut en direction des membres qui la composent et de ceux qui lui sont extérieurs.

Pour autant, par pur snobisme intellectuel ou par rejet sémantique, d’aucuns pourraient railler l’association de ces deux concepts, à première vue antinomiques. En effet, en tant que construit socio-historique, la nation aurait une nature supérieure, immuable et inaliénable, qui ne saurait être manipulée à des fins mercantiles. Précurseur des études autour du concept de marque nation, Wally Olins montre pourtant que la nation, tout comme la marque, se construit autour de valeurs fondatrices, qu’elle incarne et promeut en direction des membres qui la composent et de ceux qui lui sont extérieurs[5]. En étudiant le cas de la France, l’auteur démontre ainsi que la nation française s’est constamment réinventée, de manière sporadique et parfois même violente. D’une époque à une autre et dans un laps de temps parfois très bref, la France a toujours su « façonner et remodeler son identité nationale » pour « présenter une nouvelle version d’elle-même », projetant ainsi symboliquement les transformations de sa réalité socio-économique et politique. Cependant, il n’en demeure pas moins que le concept de marque nation va bien au-delà, notamment au travers de la mercantilisation des attributs de l’identité nationale qu’il induit. En acceptant un tel paradigme, la nation s’expose dès lors « à défendre son imaginaire comme un véritable capital »[6].

Identités et récits nationaux au service de la néolibéralisation mondialisée

L’avènement de marque nation n’est pas sans poser de questions sur la manière avec laquelle les logiques de marché tendent à redéfinir les identités et les récits nationaux. À l’inverse de projets nationalistes antérieurs, le recours à la marque nation lie le processus de construction nationale aux connaissances et au langage du monde du marketing et de la gestion. Les études en nation branding mettent ainsi en avant l’existence d’une tension entre l’élaboration d’une identité compétitive, et l’identité nationale qui prévaut, remodelée par le discours économique et culturel néolibéral.

Créativité, innovation, dépassement de soi et esprit entrepreneurial (on peut prendre l’exemple de l’individu érigé en ambassadeur de la marque) sont autant d’atouts mobilisés par la marque nation. Le sociologue Felix Lossio parle ainsi de « flexibilisation de l’identité collective » pour désigner l’édification d’une communauté nationale autour de valeurs néolibérales.

De nombreux éléments vont en ce sens. On peut prendre pour exemple l’importance accordée aux classements internationaux (Country Brand Index) qui tentent, par la métrie, d’objectiver l’attractivité des nations et de les mettre en compétition. Il en va de même pour la marchandisation des lieux, vendus et consommés comme de simples produits ou des « expériences sensorielles esthétisées »[7] (idée de « vivre » le pays). Notons que cette marchandisation s’accompagne d’une tendance à l’essentialisation des nations et de leur culture, à la fois par un principe d’association et de réduction des attributs de la nation, selon qu’ils soient considérés comme valorisables, ou non. La marque nation consacre également la participation d’acteurs privés dans la production et la validation des référents identitaires nationaux, et ce grâce à de nombreux partenariats publics-privés, nationaux voire internationaux, qui transfèrent une partie de la souveraineté nationale vers une « classe promotionnelle internationale »[8] d’experts du marketing et de la publicité. Enfin, la marque nation se distingue par sa performativité dans la mesure où le nouveau récit national qu’elle établit, très souvent anhistorique et dépolitisé, facilite l’adhésion des valeurs qu’elle érige par la communauté nationale. Communauté nationale dont la marque pays peut d’ailleurs tout à fait redéfinir les contours : selon que tel ou tel aspect socio-culturel est mis en avant ou délaissé dans la stratégie de marketing national, certains citoyens peuvent s’en retrouver exclus ou marginalisés.

La France à la recherche de son nouveau récit économique

Il est indéniable que la France jouit aujourd’hui encore d’une image de marque à l’international. Première destination touristique mondiale, elle est également le pays européen qui a recueilli le plus d’investissements étrangers en 2019. La France, à laquelle est associée une certaine idée de « grandeur », doit en partie son succès aux récits historiques et socio-culturelles qui fondent son identité. Pays des droits de l’homme, empreint de valeurs universelles et humanistes, la nation française s’est construite autour de l’héritage de la révolution et de la valorisation de son patrimoine historique. Son rayonnement est aussi indéniablement associé à la « Ville Lumière », ainsi qu’à un ensemble d’attributs bien réels mais parfois fantasmés, tels que le luxe, la gastronomie ou encore l’art de vivre à la française.

« Une marque nation, à l’idéal, [est] la combinaison de ses récits historiques et sociaux, culturels, sportifs et économiques. De tous, c’est le récit économique qui aujourd’hui vous met sur la carte du monde. »

Philippe Lentschener

Atout France, l’agence de développement touristique de la France, au nom évocateur, a procédé au début des années 2000 à un diagnostic de l’image de la France. Les conclusions retenues furent les suivantes : à défaut d’être un « pays de cocagne, havre de luxe et de volupté, […] où il fait bon vivre plutôt que de travailler », la France est également une nation « peu intéressée aux applications concrètes et mercantiles », « moins motivée et moins douée pour tout ce qui touche aux dures réalités de l’économie »[9].

Pénalisée par l’image d’un pays industriel en déclin, lâché dans la course à l’innovation technologique et paralysé par l’immobilisme d’une société réfractaire au changement, la France ne serait plus autant attractive et compétitive que par le passé. En quête d’un nouveau récit économique, à même de la placer à nouveau sur le devant de la scène internationale, la France s’est ainsi tournée à son tour vers le marketing national. Car, si « une marque nation, à l’idéal [est] la combinaison de ses récits historiques et sociaux, culturels, sportifs et économiques […] de tous, c’est le récit économique qui aujourd’hui vous met sur la carte du monde »[10], comme l’ont bien compris les tenants du nation branding à la française.

En ce sens, la « Marque France » s’est progressivement institutionnalisée, à l’image de la création de l’agence nationale Atout France, pourtant peu connue du grand public. D’autres succès, plus retentissants, s’inscrivent dans cette lignée : la création des marquages d’origine « Fabriqué en France » et du label « Origine France Garantie » en 2011, pour valoriser la production française, la reprise du concept de French Touch par l’entreprise Renault, emprunté à l’univers de la musique, pour vanter l’innovation et la créativité française, ou encore plus récemment le dépôt de la marque « Élysée – présidence de la République », en 2018. À ces dispositifs s’ajoutent encore divers efforts réalisés en termes de soft power, à l’image de l’organisation de compétitions sportives internationales, telles que l’Euro 2016 ou les J.O de Paris 2024. Autant d’occasions rêvées pour la France d’offrir au reste du monde des expériences « à son image, innovante[s], rayonnante[s], créative[s], [et] inspirée[s] de l’art de vivre français »[11].

Le projet inachevé de création de la « Marque France »

Le quinquennat de François Hollande a failli être l’occasion pour la France de voir sa stratégie de marketing national enfin fondée sur une marque pays à part entière. En effet, à l’initiative du gouvernement, fut lancé en janvier 2013 la mission « Marque France ». Confiée entre autres au publicitaire Philippe Lentschener, cette dernière s’est vue fixée pour objectif d’identifier « le récit économique de la France » et les marges de manœuvre économiques et juridiques nécessaires à la création d’une marque nation française. Les préconisations de la mission « Marque France » ont fait l’objet d’un rapport public, remis au gouvernement en juin 2014. Cependant, faute d’un véritable portage politique et de dissensus entre les membres du gouvernement socialiste, elles ne furent jamais appliquées[12].

La « Marque France » se veut être un « multiplicateur de valeur »

Pour autant, le projet de création de la « Marque France » cristallise les craintes suscitées par l’application du marketing à la nation. Le récit, tel que proposé par la mission « Marque France », met en exergue le « génie français », innovant et créatif, et « l’exception française », à l’art de vivre unique. Un tel développement, bien que relativement illusoire, n’est pas problématique en soi. Ce sont davantage les fins au service desquelles il se place qui interpellent. Ainsi, dans cette perspective, la « Marque France » se veut être un « multiplicateur de valeur », capable de « valoriser l’extraordinaire gisement d’actifs immatériels » de la France. Par un habile tour de passe-passe incantatoire, voici donc la nation française réduite en « actifs » à « valoriser ».

Pour parvenir à faire de ce nouveau récit économique une référence partagée par les Français et la promouvoir au-delà des frontières nationales, la mission « Marque France » souhaite entreprendre ce qui s’apparente à une véritable révolution culturelle. À titre d’exemples, elle préconise de « nourrir la jeunesse de ce récit », en adaptant les programmes scolaires, ou encore d’instaurer un « 14 juillet économique », pour célébrer de concert succès économiques et cohésion nationale. Dans la même veine, la mission suggère que la « Marque France » soit pilotée par une agence de gouvernance publique-privée. Elle recommande également de la doter d’outils d’évaluations et de l’intégrer à des classements internationaux, pour « piloter et mesurer » son efficacité, en interne comme en externe. Enfin, elle revendique de faire des « acteurs majeurs des domaines économiques, sociaux et culturels » et des Français de l’étranger les principaux ambassadeurs de l’image de la marque.

De la mercantilisation des attributs nationaux, à la construction d’un récit monolithique imperméable aux contradictions politiques et aux tensions sociales, en passant par l’exclusion de celles et ceux qui ne contribuent pas à la transformation économique du pays, ces « gens qui ne sont rien », le projet de création de la « Marque France » témoigne indéniablement des déboires et du danger de l’application du marketing à la nation. L’échec de sa mise en œuvre sous une forme réellement institutionnalisée ne signifie pas pour autant que le récit national français n’a pas été progressivement transformé sous l’influence du régime culturel néolibéral. À l’heure des débats sur le roman national, en témoigne le mythe fantasmé de la start-up nation, qui consacre une nation d’entrepreneurs, premiers de cordée d’un monde meilleur sur le point d’advenir.

Sources

[1] Clément Jérémie, « La fabrique des subjectivités en contexte néolibéral : la fiction de l’individu entrepreneur de lui-même face au sujet de la psychanalyse », Cahiers de psychologie clinique, 25 août 2020, n° 55, no 2, pp. 143‑163.

[2] Corbille Sophie, « Les marques territoriales. Objets précieux au cœur de l’économie de la renommée », Communication. Information médias théories pratiques, 13 décembre 2013, Vol. 32/2, doi:10.4000/communication.5014.

[3] Voir les travaux de Gisela Cánepa Koch et Felix Lossio Chavezsur la « marca país ».

[4] Lossio, Felix. La nación en tiempos especulativos o los imperativos culturales de las marcas país. En La nación celebrada: marca país y ciudadanías en disputa (pp. XXXX). Gisela Cánepa y Felix Lossio (eds.). Lima: Red de Ciencias Sociales.

[5] Olins, Wally. (2002). ‘Branding the Nation – The Historical Context’, The Journal of Brand Management, 9(4), pp. 241-248.

[6] « Quand les pays deviennent des marques — ilec », consulté le 28 février 2021, URL :  https://www.ilec.asso.fr/article_revue_des_marques/5640

[7] Lossio Felix.

[8] Varga, S., 2013. The politics of nation branding. Collective identity and public sphere in a neoliberal state. Journal of Philosophy and Social Criticism, 39(8), pp. 825-845.

[9] Bonnal Françoise, « Comprendre et gérer la marque France », Revue francaise de gestion, 2011, N° 218-219, no 9, pp. 27 43.

[10] « Du «made in France» à la «marque France» », LE FIGARO, consulté le 28 février 2021, URL :  https://ift.tt/3fvlsv3.

[11] « Soutenons la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024 ! – La France en Slovaquie », consulté le 14 mars 2021, URL :  https://ift.tt/31yEs3R.

[12] « La « marque France » victime de la guerre Ayrault-Montebourg – Challenges », consulté le 14 mars 2021, URL :  https://ift.tt/3fxjA5g

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L’histoire oubliée de la contre-société communiste

Bars, clubs de sport, théâtres, colonies de vacances… A partir du XIXème siècle, le mouvement ouvrier se dote de nombreuses institutions pour promouvoir l’idéal socialiste et répondre aux besoins immédiats du prolétariat. Ces structures, souvent liées à des partis politiques, préfiguraient un monde de partage et de solidarité qui fit rêver des générations d’ouvriers. Aujourd’hui largement oublié, cet héritage d’institutions populaires commence à renaître sous de nouvelles formes et intéresse de plus en plus l’extrême-droite.

C’est un désaveu historique : les partis politiques n’ont plus la cote. Éloignés des citoyens, ils sont de plus en plus perçus comme des machines à visée purement électorale feignant de s’intéresser aux problèmes de la population le temps d’une campagne. Les contacts directs entre les citoyens et les militants ou élus sont souvent brefs, le temps d’un échange sur un marché ou d’un porte-à-porte, et passent principalement par l’appareil médiatique le reste du temps. En conséquence, les classes populaires ont plutôt tendance à se désinvestir de la sphère politique et à laisser le militantisme à d’autres. En retour, les organisations politiques peinent à trouver des militants et se replient sur leur gestion routinière, nourrissant un cercle vicieux. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi…

Les forteresses du socialisme

A la fin du 19ème siècle, alors que l’Europe de l’Ouest s’industrialise à grande vitesse, les ouvriers issus de l’exode rural, souvent entassés dans des taudis, commencent à lutter pour de meilleures conditions de vie et de travail. Cette lutte passe évidemment par la constitution de syndicats ou de partis politiques, par des grèves et des manifestations mais aussi par la création d’institutions ouvrières proposant aide matérielle, loisirs et éducation politique. Dans les cités ouvrières belges, anglaises, françaises, italiennes ou allemandes, un réseau de coopératives, de tavernes ou de « Maisons du peuple » voit ainsi progressivement le jour, sur un modèle assez proche de celui des institutions liées à l’Église.

Maison du Peuple de Wihéries à Dour (Belgique). © Michel Wal

Ces lieux remplirent des fonctions toujours plus nombreuses au fur et à mesure de leur développement. À l’origine, il s’agit souvent de coopératives de consommation, dont les membres s’associent pour acheter du charbon, du pain et d’autres denrées essentielles en grands volumes et donc réaliser des économies. Pour le socialiste belge Édouard Anseele, ces coopératives constituent « des forteresses d’où la classe ouvrière bombardera la société capitaliste à coup de pommes de terre et de pains de quatre livres » (1). Les bénéfices croissants de ces coopératives permettent progressivement de financer d’autres activités, telles que des caisses de secours pour les malades ou des soupes populaires pour les camarades grévistes (2). Les frais juridiques lors des conflits avec les patrons peuvent également être pris en charge.

Les institutions ouvrières pallient également l’absence ou la rareté de lieux de réunion, en devenant de véritables quartiers généraux du mouvement ouvrier où l’on prépare la prochaine action de lutte. Ainsi, durant la répression du mouvement ouvrier allemand par Otto Von Bismarck entre 1878 et 1890, les socialistes d’outre-Rhin se replient sur les tavernes pour continuer à s’organiser. Ils sortent de cette période renforcés et radicalisés, comme le congrès d’Erfurt en témoigne en 1890. Le SPD y adopte un programme très marxiste. Deux ans plus tard, des socialistes prennent la mairie de Roubaix, banlieue ouvrière de Lille, en grande partie grâce à leur Maison du Peuple, où se sont forgés des liens de solidarité et d’amitié ayant permis l’élection du « conseil des buveurs de bière ». Pour Rémi Lefebvre, cette Maison du Peuple « a permis un enracinement durable du socialisme localement en contribuant […] à façonner un groupe aisément mobilisable, base quasi indéfectible de soutien aux candidats socialistes ».

Le sport et la culture pour tous

Les activités de ces institutions ouvrières vont bien au-delà du soutien aux mobilisations sociales et de l’aide matérielle directe. Des conférences d’intellectuels socialistes, des bibliothèques contestataires ou des cours d’économie et de sociologie y sont organisés afin de former de futurs responsables syndicaux, associatifs et politiques. Les Maisons du Peuple proposent aussi de nombreuses activités artistiques : bals, chorales, concerts, théâtre… En effet, le mouvement ouvrier veut permettre à tous d’accéder aux loisirs jusqu’ici réservés aux bourgeois ou sous le contrôle de l’Église. Le Volksbühne, théâtre berlinois construit au début du XXème siècle uniquement grâce à des dons de la classe ouvrière, est emblématique de cette volonté de démocratisation de la culture : tous les sièges sont au même prix et attribués au hasard tandis que les horaires sont adaptés aux heures de travail des prolétaires. De même, l’ARCI (Associazione ricreativa culturale italiana) mène un combat similaire pour faire vivre une culture ouvrière italienne à partir de 1957. Proche du Parti communiste italien, elle fédère en 1968 plus de 3 100 cercles locaux regroupant plus de 450 000 membres, dispose de son propre réseau de distribution de films et promeut des acteurs avec très peu d’expérience théâtrale au travers de tournées sur les places publiques et les case del popolo (3).

Le théâtre Volksbühne à Berlin. © Ansgar Koreng

Enfin, le domaine du sport fut également investi. En constituant des clubs dans toutes sortes de disciplines (gymnastique, cyclisme, football, randonnée…), les socialistes veulent « permettre aux masses de la jeunesse française de trouver dans la pratique des sports, la joie et la santé et de construire une organisation des loisirs telle que les travailleurs puissent trouver une détente et une récompense à leur dur labeur » selon les mots de Léo Lagrange, ministre des Sports du Front populaire. Durant son bref passage au pouvoir, ce dernier mène une action vigoureuse pour développer les loisirs sportifs et le tourisme : auberges de jeunesse, tarifs réduits de téléphérique, croisières populaires… Mais le sport socialiste n’est pas apolitique : en 1936, la fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), qui regroupe nombre de petites structures locales, se bat contre les Jeux olympiques de Berlin et envoie une délégation aux Olympiades populaires de Barcelone (4). De même, les colonies de vacances créées à partir des années 1930 par les villes marquées par le communisme municipal sont « à la fois, une « machine à fabriquer la santé » et un lieu de sociabilité militante » selon Emmanuel Bellanger, historien et chercheur au CNRS.

De l’utopie au déclin

Si ces organisations populaires infiltrent progressivement toutes les sphères de la société, elles n’en oublient pas pour autant de se fédérer et de tisser des liens pour accroître leur rayonnement. Ensemble, elles forment une contre-société à l’écart du système capitaliste qui préfigure l’idéal de la société socialiste future où le partage et la solidarité se substitueront au chacun pour soi. En matière de propagande, ce « déjà-là » communiste, selon la formule de Bernard Friot, est bien plus efficace que de grands discours lénifiants, des réunions de cellule ou des tractages. Toutefois, cet écosystème se combine à celui des partis, des syndicats, de la presse communiste et d’autres organisations tournées vers des publics spécifiques (femmes, anciens combattants, étudiants, pacifistes…), notamment car les animateurs de ces différentes structures sont souvent les mêmes. 

Néanmoins, si cette symbiose entre l’écosystème des partis politiques et celui des organisations populaires permet d’insérer le parti dans la société, il présente aussi des défauts. D’abord, cette forte intégration peut engendrer un enfermement intellectuel nuisible à l’esprit critique. Ensuite, des questions peuvent également être soulevées sur la politisation qu’apporte réellement ces organisations : ceux qui en font partie ne sont-ils pas majoritairement des personnes issues de familles socialistes ou communistes ? Enfin, le pluri-engagement des militants peut engendrer des tensions tant il est chronophage et se fait souvent au détriment du parti (5).

Ces organisations populaires forment une contre-société à l’écart du système capitaliste qui préfigure l’idéal de la société socialiste future où le partage et la solidarité se substitueront au chacun pour soi.

A partir des années 1960-1970, ces institutions ouvrières vont toutefois se détacher de plus en plus des partis de gauche. D’une part, la révélation des horreurs du goulag et la répression des mouvements démocratiques en Europe de l’Est ternit l’image des partis communistes, d’où une prise de distance de certaines organisations, comme la FSGT et l’ARCI, citées plus haut. En s’autonomisant, nombre d’entre elles perdent alors leur caractère révolutionnaire et  adoptent des revendications et actions plus consensuelles. Parallèlement, les partis de gauche radicale commencent eux aussi à s’éloigner des classes populaires, un phénomène accentué par la désindustrialisation. Au même moment, la deuxième gauche alors en progression montre quant à elle peu d’intérêt dans ces structures, vues comme des chevaux de Troie du totalitarisme soviétique, et préfère investir les universités ou soutenir les mouvements autogestionnaires. 

Mais l’évolution du paysage politique n’est pas seule responsable des déboires des institutions de la classe ouvrière. Paradoxalement, les grandes conquêtes sociales obtenues après 1945 y ont aussi contribué. Avec le développement de l’État-providence et des services publics, nombre de prestations autrefois assurées par des Maisons du peuple sont désormais prises en charge par l’État. En renforçant ce dernier, la gauche communiste a donc affaibli son propre ancrage populaire. Par ailleurs, la forte croissance économique des Trente Glorieuses permet aux masses d’accéder de plus en plus facilement aux loisirs, non plus dans le cadre d’organisations populaires mais dans celui de la société de consommation capitaliste. Au passage, les individus deviennent de simples consommateurs, et non plus des acteurs politiques. Dès lors que les travailleurs sont protégés par la Sécurité sociale et qu’ils peuvent se divertir ou partir en vacances avec leurs propres moyens, pourquoi feraient-ils encore appel à ces organisations ?

Un héritage disputé

Il ne faudrait toutefois pas trop généraliser : là où le taux de pauvreté reste élevé et où la tradition communiste est toujours présente, nombre de ces structures ont survécu, sous une forme ou une autre. Mais globalement, il est aujourd’hui difficile de trouver des bars, clubs de sport ou cinémas ouvertement socialistes ou communistes. Cette quasi-disparition intervient alors même que les besoins auxquels entendaient répondre ces structures ressurgissent avec la crise économique, le désengagement de l’État et le déclassement d’une grande part de la population. Une situation qui conduit à une réinvention de ces institutions, sous des formes très diverses.

Depuis les années 2000, cette tradition de centres sociaux intéresse de plus en plus l’extrême-droite. Né en 2003 avec l’occupation d’un ancien immeuble gouvernemental à Rome, le mouvement italien Casapound utilise le même répertoire d’action que la gauche radicale : ses centres sociaux proposent des activités sportives, ont leurs propres bars et librairies, organisent des concerts, diffusent des films etc. Les actions de terrain de Casapound, comme l’aide d’urgence apportée aux victimes d’un tremblement de terre en 2009 ou les protestations contre le coût du logement à Rome, ont aussi contribué à populariser la pensée fasciste. Les jeunes, très touchés par la crise économique avec un taux de chômage fluctuant entre 30 et 40% depuis 10 ans, sont les premières cibles du mouvement : 62% des supporters de Casapound ont entre 16 et 30 ans. Les actes de violence récurrents, tels que le meurtre de plusieurs immigrés par Gianluca Casseri, un sympathisant de Casapound, n’ont jamais suffi à ternir l’image du mouvement. La réussite de Casapound a depuis inspiré nombre d’autres groupes d’extrême-droite, comme le Bastion Social en France, qui propose de l’aide aux plus démunis, à condition qu’ils soient « Français de souche ».

De l’autre côté du spectre politique, de nouvelles structures ont aussi vu le jour. En Italie, le tissu de centres sociaux autogérés, issu du mouvement autonomiste des années 1970, reste ainsi très vivace. Au Royaume-Uni, les nouveaux militants socialistes politisés par Jeremy Corbyn ont eux aussi revitalisé l’héritage d’événements populaires ouverts à tous, notamment à travers l’organisation Momentum. La France n’est pas en reste, grâce à de nouveaux lieux de sociabilité et de solidarité populaire un peu partout sur le territoire. Le Barricade, une structure associative fondée en 2014 à Montpellier, propose par exemple des cours de français pour les travailleurs ou étudiants étrangers, des conférences politiques, des boissons à prix libre et des ateliers de réparation et organise des assemblées générales lors de grands mouvements sociaux.

Une cabane de gilets jaunes.

Si ces espaces de sociabilité et de partage n’ont pas disparu, ils demeurent souvent méconnus et ont tendance à avoir des durées de vie plutôt courtes en raison de difficultés financières et de rapports parfois compliqués avec la police et les municipalités, qui ne voient pas d’un bon oeil la création de lieux contestataires. Par ailleurs, l’absence de parti de masse et d’idéologie fédératrice contribue au morcellement. Face à l’atomisation et à la précarité qui tuent la société à petit feu, ces structures sont pourtant plus indispensables que jamais. Les cabanes bricolées par les gilets jaunes autour des péages et des ronds-points ne seraient-elle pas des Maisons du peuple contemporaines ?

Notes :

1 : Gustave Marlière, «La coopération dans le Nord et le Pas-de-Calais. Étude historique», thèse, Saint-Amand-les-Eaux, Maurice Carton éditeur, 1935, p. 28.

2 : Cossart, Paula, et Julien Talpin. « Les Maisons du Peuple comme espaces de politisation. Étude de la coopérative ouvrière la paix à Roubaix (1885-1914) », Revue française de science politique, vol. vol. 62, no. 4, 2012, pp. 583-610.

3 : Stephen Gundle, Between Hollywood and Moscow: The Italian Communists and the Challenge of Mass Culture, Durham, Duke University Press, 2000.

4 : Le coup d’État du général Franco et la guerre civile qui s’ensuit empêche ces Olympiades d’avoir lieu. La délégation rentrera en France s’en avoir pu participer.

5 : Sylvie Aebischer, Le PCF des années 1950 comme « contre-société », lilas.org

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Débat du jour – L’union de la gauche est-elle impossible pour 2022?

C’est une question qui est dans l’air, depuis la rentrée dernière, et plus le temps nous rapproche de la présidentielle de 2022, plus elle se pose. Cette question, elle se pose avec d’autant plus d’acuité que la situation politique est rendue particulièrement incertaine par la crise sanitaire. On peut y voir une difficulté supplémentaire, mais on parierait volontiers qu’ils sont nombreux à y voir une opportunité. À gauche de l’échiquier politique, les différents projets et disons-le, les différentes ambitions sont toujours là. Mais, il y a eu récemment quelques offres de dialogues et signes d’ouverture. Car cette question, c’est celle, traditionnelle, de l’union de la gauche. Est-elle impossible ? Et c’est la question du jour. 

 

Pour en débattre :

– Mathieu Fulla, chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po

– Sébastien  Repaire, docteur en Histoire, auteur d’une thèse portant sur l’écologie politique en France

– Fabien Escalona, chercheur associé au Laboratoire Pacte de Sciences-Po Grenoble, journaliste à Mediapart.

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Décryptage – Mozambique : l’évolution de la menace djihadiste en Afrique

Le groupe Etat islamique a annoncé en début de semaine avoir pris le contrôle de la ville portuaire de Palma dans le nord du Mozambique, à l’issue d’une attaque qui a fait des dizaines de morts selon Maputo.

Quel est le groupe affilié à l’EI qui a mené cette offensive ? Quelle est sa stratégie, son objectif ? Qu’est-ce que cette situation signifie de l’organisation djihadiste sur le continent et comment évaluer ces nouvelles menaces ?

Avec notre invité Matteo Puxton, auteur du compte twitter historicoblog, agrégé d’histoire et spécialiste de la propagande militaire de l’Etat islamique. 

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Grégory Doucet : « Je suis d’abord l’incarnation d’une aspiration à plus d’écologie »

Inconnu en politique avant les élections municipales, Grégory Doucet est élu maire de Lyon en juillet 2020 mettant fin à près de vingt ans de règne de Gérard Collomb sur la ville. Loin des nombreuses polémiques dont il est régulièrement la cible, nous avons voulu rencontrer ce nouvel élu pour en savoir plus sur sa vision du pouvoir, de la métropolisation, de la décentralisation et des élections présidentielles.  Un entretien réalisé le 16 février 2021 par Blandine Lavignon et Clément Coulet. Photos de Killian Martinetti.

LVSL : Il s’agit de votre tout premier mandat politique. Piétonisation, fonds de soutien à la culture, baisse de vos indemnités d’élus …Vous avez pris plusieurs mesures dans un contexte de crise sanitaire. Quel regard portez-vous sur vos huit premiers mois de mandat ?

Grégory Doucet : Tout d’abord, je suis très content. Ça peut paraître étonnant de commencer ainsi, mais je suis très content d’avoir été élu et d’exercer la fonction. C’est une fonction dans laquelle je me sens heureux. C’est mon premier mandat, mais c’est aussi le premier mandat pour l’essentiel de mon exécutif, à deux exceptions près ; Sandrine Runel aux solidarités et Nathalie Perrin Gilbert qui est à la culture, qui, elles, sont expérimentées et connaissaient la machine.

Nous avons été élus en période de crise sanitaire et on s’est tout de suite mis au travail sur le sujet. La première semaine, alors période un peu plus calme de la crise sanitaire, je confiais à mon adjointe à la santé et la prévention la responsabilité de mettre en place une cellule de veille pour voir comment l’épidémie se propageait. À la mi-août, aux premiers signaux de reprise de la pandémie, nous avons transformé cette cellule de veille en cellule de gestion de crise. Tout cela a été fait très rapidement. Je trouve que Lyon fait partie des villes en France qui a su le mieux s’armer, s’organiser pour répondre aux enjeux de la crise sanitaire. Il se trouve que je viens du monde de l’humanitaire. J’ai donc aussi fait appel à des réflexes, des habitudes de travail que j’avais antérieurement. 

Nous avons déployé tout de suite notre programme ! Le Fonds d’urgence pour la culture faisait partie des engagements que nous avions pris pendant la campagne, et c’était en même temps une réponse à la crise sanitaire. Nous avons décidé fin juillet, que nous consacrerions 4 millions d’euros. Le secteur culturel nous en est, je pense, largement reconnaissant. Un certain nombre de structures ont ainsi pu être sauvées. Le dernier point pour moi qui est aussi particulièrement remarquable est lié au travail de première adjointe notamment. Nous avons pu, en six mois, élaborer ce qu’on appelle une Planification pluriannuelle des investissements (PPI). Nous savons aujourd’hui quels vont être nos investissements sur la mandature. Lors de la précédente mandature, il avait fallu 18 mois pour sortir la PPI. Nous jeunes élus, en période de crise sanitaire, en six mois, c’est bouclé. 

Quand j’investis dans le service public, j’investis dans le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas.

LVSL : Concernant cette PPI, vous avez fait le choix de l’endettement à 63%, ce qui a fait pas mal débat. Est-ce que l’endettement était le seul moyen de financer ces projets d’infrastructures dans le contexte actuel ? 

Grégory Doucet : Nous investissons, c’est d’abord ça le vrai sujet. Nous investissons pour répondre à deux grands enjeux. Le premier est que l’on hérite d’une dette patrimoniale dans cette ville. Il y a eu un déficit d’investissement dans l’entretien d’un nombre très significatif de bâtiments publics. De ce fait, il nous faut remettre ces bâtiments en état. À cette dette patrimoniale, s’ajoute le fait que la ville n’a pas investi en prévision du dérèglement climatique. Nous devons réaliser un investissement gigantesque. Et très clairement, nous ne pourrons pas réussir à tout faire sur cette mandature ! Nous allons investir massivement en priorité sur les écoles et les équipements pour la petite enfance. Sur une PPI de 1,2 milliards d’euros, il y a plus de 300 millions qui vont être dédiés à l’éducation. Cet endettement, c’est d’abord comme un investissement. 

Comment fait-on pour financer des investissements ? La ville a des finances globalement saines, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’emprunts toxiques. La ville génère légèrement plus de revenus que ce qu’elle dépense, ce qui permet une capacité d’investissements et c’est important. Bien évidemment cette capacité d’investissement n’est pas suffisante pour répondre à tous les enjeux mentionnés plus tôt. Et, il se trouve que les taux d’intérêts sont en ce moment extrêmement bas donc on va emprunter avec un taux très faible. C’est bien pour cette raison que nous sommes élus, la ville n’est pas une entreprise privée qui va reverser des dividendes. Notre rôle c’est de rendre du service public. Quand j’investis dans le service public, j’investis dans le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. En plus, dans ce contexte d’urgence climatique, nous avons cette obligation d’investir, nous n’avons pas le choix. Ça n’a pas été fait précédemment à des niveaux suffisants. Cet endettement, je le vois d’abord comme un investissement. Aujourd’hui, augmenter la durée d’endettement, ne conduit pas du tout – à l’inverse de ce que certain ont pu prétendre- la ville à la faillite ou à la mise sous tutelle de la préfecture. Dans la réalité, heureusement qu’on investit, j’ai presque envie de dire, qu’on « gère en bon chef de famille » même si cette expression est patriarcale.

Grégory Doucet, © Killian Martinetti pour LVSL

« Je ne vais pas faire une Métropole ou une ville de l’hyper-compétition, ce qui m’importe c’est de faire une ville de l’hyper-coopération »

LVSL : Le modèle métropolitain est parfois considéré comme étant l’incarnation territoriale du néolibéralisme. Il renforce l’attractivité, la compétitivité territoriale afin d’attirer certaines classes créatives, les capitaux … Est-ce que vous souhaitez poursuivre ce modèle de métropolisation ? Est-ce qu’un modèle de métropolisation écologiste est possible ? 

Grégory Doucet : Est-ce qu’on veut faire une métropole écologiste ? La réponse est oui ! Je ne vais pas faire une Métropole ou une ville de l’hyper-compétition, ce qui m’importe c’est de faire une ville de l’hyper-coopération, je crois beaucoup plus à ça. J’y crois à la fois de manière empirique parce qu’il se trouve que par mon activité professionnelle, c’est ce que j’ai pu davantage pratiquer, mais au-delà de ça, on a une conception de notre économie, de nos sociétés qui est basée sur le soi-disant intérêt qu’aurait la compétition. On fait souvent référence à la famille qui serait l’ordre naturel des choses et on doit, nous, construire finalement des sociétés sur ces modèles. Que l’on soit une société où il y a un peu d’émulation (je préfère ce terme à compétition), pourquoi pas? Mais en faire le moteur de nos sociétés, moi je dis non ! Ce n’est pas comme ça qu’on doit se construire. Et je pense que c’est pour cela qu’on a des sociétés aujourd’hui, et j’implique la construction économique, qui sont si malades, d’abord d’être en train de détruire cette planète, et même malades en elles-mêmes. Depuis que je suis adolescent, je n’entends parler que de crise. On passe d’une crise à l’autre comme si on était dans un monde perpétuellement en crise, comme si notre monde allait mal et que c’était un état de fait. On n’a pas su créer des sociétés qui mettaient en avant le bien-être, qui se donnait comme objectif de créer du bien-être, et moi c’est à cela que j’aspire. C’est cela que je veux offrir aux lyonnaises et aux lyonnais : construire une ville du bien-être

« L’écologie politique porte en elle les questions sociales »

LVSL : Par quelles mesures cela passe concrètement ? 

Grégory Doucet : Derrière le mot métropolisation, il y a beaucoup de choses, beaucoup de concepts. Il y a une démarche à laquelle je n’adhère pas, mais pour le coup, créer une ville du bien-être, oui, c’est ça le projet. Et une ville du bien-être, cela veut dire que c’est déjà une ville où on privilégie ce qui relève du public, du commun. Le commun, c’est d’abord un espace public qui est prioritairement dédié aux piétons parce que tout le monde ici peut être piéton. 

Une ville du bien-être c’est aussi une ville où en tant qu’individu, je sens que j’ai ma place. Avoir sa place, cela peut vouloir dire beaucoup de choses. Cela peut vouloir dire avoir une activité professionnelle, un travail, mais c’est aussi une ville où ma voix compte, où je peux la porter. C’est une ville de la démocratie locale et vivace, où j’ai l’occasion d’exprimer mon point de vue. Alors, évidemment, il y a les élections ça, ça existe déjà, mais c’est aussi d’exprimer mon point de vue sur la manière dont mon quartier, ma rue, mon arrondissement, s’organisent, s’animent, vivent. La transition écologique ne peut se faire qu’à la condition qu’on ait une démocratie locale impliquante et vivace. Et bien évidemment, elle ne peut se faire qu’au prix de la lutte pour la disparition des inégalités sociales aussi, mais pour moi cela en fait partie. L’écologie politique porte en elle les questions sociales. 

Grégory Doucet @Killian Martinetti pour LVSL

LVSL : En parlant de redonner du pouvoir aux territoires, le projet de loi 4D devrait être présenté en Conseil des ministres au printemps prochain. Votre camp politique affirme vouloir « redonner le pouvoir aux territoires » en plaidant pour accroître la décentralisation au risque de rompre avec les principes d’égalité et d’indivisibilité. La décentralisation peut accroître la concurrence entre les territoires et sert de justification à un retrait d’un État déjà affaibli. Souhaitez-vous approfondir la décentralisation ?

Grégory Doucet : C’est une question d’une très grande complexité parce qu’en fonction de la manière dont la loi où la décentralisation se fait, cela change tout. Je vais partir de l’exemple de la crise sanitaire. La crise sanitaire a donné à voir le rôle très important des villes dans la gestion quotidienne de la crise. C’est bien la ville de Lyon qui a mis en place ce grand centre de dépistage à Gerland, c’est bien la ville qui a pris l’initiative de le transformer en centre de vaccination. On voit bien que les villes ont un rôle clef à jouer parce que l’aboutissement de la politique sanitaire, qui est pourtant une politique nationale, à un moment elle vient à la rencontre de la proximité de la vraie vie des gens. Cela nous a conduit à nous interroger sur la façon dont les réponses à la crise sanitaire s’articulent, sur ce que doit être la place de la ville dans la politique de santé publique. Je suis persuadé aujourd’hui que les communes doivent avoir un plus grand rôle dans les politiques de santé publique. Cela veut-il dire pour autant que je veux devenir un petit ministre de la santé ? Surtout pas, parce qu’il y a des politiques de santé qui se décident par souci d’équité au niveau national et c’est bien. Mais il y a sur certains sujets des déclinaisons locales, et donc cela a à voir avec la décentralisation, il y a des déclinaisons qui doivent se faire en tenant compte de ce que les communes peuvent faire, je dirai même plus, doivent assurer. 

Mon rôle, c’est de considérer la question de la santé environnementale. Les politiques de prévention au niveau national peuvent avoir un impact, mais c’est souvent un peu limité. Quand elles sont incarnées localement, elles peuvent avoir un poids plus important. J’insiste sur la question de la prévention car c’est l’une des priorités que nous nous sommes donné avec Céline De Laurens, mon adjointe à la santé et à la prévention.

Grégory Doucet, © Killian Martinetti pour LVSL

LVSL : Les élections présidentielles approchent. Dans votre camp, entre un Eric Piolle et un Yannick Jadot, les stratégies et lignes politiques diffèrent. Existe-il une ligne Doucet ? 

Grégory Doucet : Et Sandrine Rousseau ! Je ne serai pas candidat aux élections présidentielles, donc il n’y aura pas de ligne Doucet. Il n’y a pas de ligne Doucet. Je défends l’idée que l’on a d’abord besoin de constituer une équipe qui travaille sur un programme et c’est ça qui est le plus important. Je ne suis pas pro-Jadot, pro-Piolle ou pro-Rousseau, ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est, pour le faire de manière caricaturale, qu’il faut d’abord construire l’équipe de France de l’écologie et aujourd’hui, ça ne se voit pas assez encore. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas du travail qui est fait, bien évidemment du travail a été engagé pour la construction d’un programme et c’est déjà une première étape. Mais moi, je souhaite avant tout qu’on construise cette équipe, et là, à ce stade, elle doit être ouverte, on doit pouvoir donner la possibilité à d’autres à venir jouer avec nous, pour rester dans la métaphore de l’équipe ! 

« Je n’ai pas la prétention d’être le génie qui sauvera Lyon »

LVSL : Que pensez-vous de l’hypothèse d’une candidature Hidalgo ? Est-elle une maire écologiste ?

Grégory Doucet : En étant cohérent avec ce que je viens de vous dire, il n’y a pas d’hypothèse Hidalgo. Pour que cela devienne un sujet, il faudrait d’abord que le travail en amont soit fait. Aujourd’hui en France, on est tellement obnubilé par cette image, cette figure du président qui nous sauverait tous… Macron ne nous a pas plus sauvé que les autres… Pour la parenthèse, Jacques Chirac déclarait en 2002 « la maison brûle et on regarde ailleurs », et qu’est-ce qu’on a fait depuis 2002 ? On a continué de regarder ailleurs, donc est-ce que le président c’est celui qui va nous sauver ? Non ! C’est en constituant une équipe que l’on va réussir à s’en sortir. Vous savez, je n’ai pas la prétention d’être le génie qui sauvera Lyon. Je suis d’abord l’incarnation d’une aspiration à plus d’écologie, et ce n’est que parce que j’ai une formidable équipe. D’abord mon exécutif et puis il y a aussi, il faut le dire, une très bonne administration à Lyon. Nous disposons d’agents qui sont extrêmement engagés et qui sont extrêmement compétents, et ça, c’est une chance. 

LVSL : Dernièrement, deux laboratoires d’idées, l’Institut Rousseau et Hémisphère gauche ont lancé une campagne visant la création d’un million d’emplois dans les secteurs de la reconstruction écologique et du lien social à destination des chômeurs de longue durée. Inspiré notamment par le dispositif Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée, il s’agit de mettre en place une garantie à l’emploi vert. Que pensez-vous de cette proposition ? La soutenez-vous ?

Grégory Doucet : Je ne l’ai pas étudié en détails, mais sur le principe oui bien sûr ! D’ailleurs, avec la Métropole, nous avons travaillé sur le développement d’une expérimentation « territoire zéro chômeurs » aussi. Selon loi, nous devons créer ou permettre le développement d’activités économiques qui génèrent la création d’emplois, en sortant de cet espèce de dogme que l’on pourrait dire libéral, où il faudrait que chacun soit le plus productif possible. Dans certaines opérations humanitaires, pour aider au relèvement de certains territoires affectés par une épidémie, une guerre, on va mettre en place des activités que l’on appelle à « haute intensité de main d’œuvre » parce que le plus important c’est que les gens retrouvent une activité, un emploi, même si c’est saisonnier. C’est comme cela que l’on recrée du lien social, un dynamisme économique. Je ne dis pas que c’est ce que nous allons faire à Lyon demain, mais je pense que, oui, toutes ces initiatives qui visent à créer de l’activité économique pour tout le monde vont dans le bon sens. Ce qui m’importe ce n’est pas d’enrichir des actionnaires qui iraient placer leurs argents sur les îles Caïman, mais que l’activité économique serve aux territoires.

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Débat du jour – Comment traiter le patrimoine détruit pendant les conflits ?

Cela s’est passé aujourd’hui au Mali. Une cérémonie de réparation symbolique dans l’affaire des mausolées de Tombouctou, détruits en 2012 au moment de l’occupation du nord du pays par les groupes djihadistes. Depuis ces monuments dont certains dataient du 14e siècle ont été reconstruits et ils ont retrouvé leur vocation. Mais des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, aux vestiges de Palmyre en Syrie, en passant par de nombreux édifices religieux et les vestiges assyriens de Mossoul en Irak, la destruction du patrimoine est une arme de guerre et la restauration ou la reconstruction est complexe. Comment traiter le patrimoine détruit pendant les conflits ? C’est la question du jour.

Pour en débattre :

 

Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques

 
Vincent Négri, juriste,  chercheur associé au CNRS affilié à l’Institut des Sciences sociales du Politique, membre du groupe de recherches internationales sur le droit du patrimoine culturel et le droit de l’art. Auteur du livre «  Le patrimoine culturel, cible des conflits armés » (2014 – Bruylant) (Téléphone)

 

 

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Décryptage – Pourquoi la loi climat fait-elle polémique ?

Au lendemain d’une journée de manifestations en France, les débats sur le projet de loi climat et résilience se sont ouverts hier lundi (29 mars 2021) à l’Assemblée nationale. Le texte est présenté comme issu des 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat.

Mais, cette dernière dénonce un projet de loi dénaturé. Quels sont les points qui figurent dans ce texte ? Vont-ils dans le sens des objectifs de la France en matière climatique ? À quoi faut-il s’attendre lors des débats parlementaires ?

Avec notre invitée Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic. 

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Que fait l’armée française au Sahel ?

Alors que la junte militaire consolide son pouvoir au Mali, la question de la stratégie à mener contre les groupes djihadistes au Sahel et de l’avenir de la force Barkhane refait surface dans le débat public. La question des raisons de la présence militaire française dans la région se pose une nouvelle fois.1

Ceux qui voulaient voir dans le putsch des militaires maliens en août dernier le parachèvement des mobilisations populaires qui avaient fragilisé le pouvoir de l’ancien président Ibrahim Boubakar Keïta ont commencé à déchanter. La coalition du M5-RFP (cf. Billets d’Afrique n°300, septembre 2020) notamment a lancé un appel à « entrer en résistance » (Jeune Afrique, 14/11). Confiscation des postes clés au sein du gouvernement, désignation arbitraire et opaque des membres du Conseil national de transition, qui doit faire office de Parlement, nomination de 13 militaires contre seulement 7 civils aux postes de gouverneurs de régions : la manière dont la junte conduit la transition fait craindre une militarisation de l’administration et des institutions maliennes. Si les militaires maliens prennent le risque de braquer une partie de leurs soutiens initiaux, c’est vraisemblablement qu’ils estiment avoir les mains libres après le blanc seing donné par la « communauté internationale » (France, États-Unis, ONU, CEDEAO, en réalité) au processus de transition.

La stratégie française décriée

Cette caution a été officialisée par la visite du ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, les 25 et 26 octobre derniers. Mais le soutien français reste conditionné à la poursuite de l’engagement malien dans la « guerre contre le terrorisme » et à l’application des accords d’Alger signés avec les indépendantistes Touaregs, que la France considère comme un préalable pour isoler les djihadistes. Pourtant, lors de la conférence commune de Le Drian et du nouveau Premier ministre malien, Moctar Ouane, ce dernier n’a pas craint d’afficher publiquement ses divergences avec la France sur la question taboue des négociations avec les groupes djihadistes. En amont de la visite française, le commissaire de l’Union africaine à la paix, Smaïl Chergui, dans une tribune du journal suisse Le Temps (14/10), avait appelé à tirer un bilan de « l’engagement collectif » au Sahel, constatant que certains « partenaires du Mali se sont déployés, initialement pour une courte durée, mais ils s’y trouvent toujours ». Suivez mon regard… Pourtant, « le terrorisme et les violences entre communautés persistent et la menace s’étend en Afrique de l’Ouest. » Conclusion : « La solution ne peut se limiter au sécuritaire. » Chergui appelait à considérer la situation en Afghanistan où « l’accord signé [par les États­-Unis] avec les talibans, le 29 février 2020, peut inspirer nos Etats membres pour explorer le dialogue avec les extrémistes et les encourager à déposer les armes, en particulier ceux qui ont été enrôlés de force. »

Interrogé par Le Monde (19/10), le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appuyait ces propos, appelant à son tour à la tenue de négociations sur le modèle afghan, avec ceux des groupes djihadistes qui ne se revendiquent pas de l’État islamique. En clair, avec Iyad Ag Ghaly, chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), et avec Amadou Koufa, chef de la Katiba Macina au centre du Mali, dont l’allégeance à Al­Qaïda est en réalité moins importante que les préoccupations locales de leurs combattants. Interpelé à Bamako sur ces déclarations, Le Drian a réfuté tout isolement et réaffirmé qu’il n’était pas question de négocier avec ceux que le France qualifie exclusivement de « terroristes ». « Les choses sont simples », a­t­il asséné à deux reprises « et la France n’est pas toute seule dans cette affaire (…) puisque cette position, c’est la position des pays du G5­Sahel, c’est la position de la communauté internationale, c’est la position du Conseil de sécurité. » Moctar Ouane ne s’est pas laissé tordre le bras et a au contraire rappelé « les conclusions du Dialogue national inclusif [de 2019] qui a eu lieu chez nous et qui a très clairement indiqué la nécessité d’une offre de dialogue avec ces groupes armés » (RFI, 26/10), confirmant la position qui s’était déjà exprimée en 2017 lors d’une « conférence de l’entente nationale ».

Déclarations contradictoires

Les réactions françaises ne se sont pas fait attendre. A son tour en visite au Mali le 2 novembre pour rencontrer les nouvelles autorités, la ministre des Armées, Florence Parly a rappelé la position française : « On ne peut pas dialoguer avec les groupes djihadistes qui n’ont pas renoncé au combat terroriste ». Elle ajoutait néanmoins : « C’est de la responsabilité des autorités maliennes, pas la nôtre, mais il est important d’échanger » (LeMonde.fr, 13/11). Même l’ancien président François Hollande, initiateur de l’opération Serval au Mali en 2013, s’est senti obligé de monter au créneau, affirmant qu’il fallait « être intraitable avec le terrorisme » mais également « extrêmement ferme à l’égard du pouvoir malien », ajoutant : « L’idée qu’on pourrait avoir des négociations avec ceux­là mêmes qu’on cherche à frapper me paraîtrait être un manquement par rapport aux engagements qui avaient été pris au moment du départ de cette opération » (France Inter, 13/11).

Et en matière d’ « engagements », celui qui s’était engagé à restaurer l’intégrité territoriale du Mali avant de laisser les clés de Menaka aux indépendantistes du MNLA en connaît un rayon… Dans son interview à Jeune Afrique du 20 novembre, le président Macron a à son tour enfoncé le clou : « Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat. » Il rappelait aussi la stratégie affirmée lors du sommet de Pau, en janvier 2020 (cf. Billets n°294, février 2020), selon laquelle Barkhane devait « se recentrer vraiment sur nos ennemis, l’EIGS [l’État islamique au grand Sahara] et les groupes strictement terroristes ».

Estimant que l’EIGS avait été « singulièrement affaibli » par les frappes des derniers mois, le commandant de la force Barkhane, le général Marc Conruyt déclarait au contraire que c’est le GSIM qui était devenu « l’ennemi le plus dangereux pour le Mali et les forces internationales » (francetvinfo.fr, 09/11). Et en effet, après la remise en liberté de dizaines de djihadistes et de leurs supposés soutiens en contrepartie de la libération de l’otage française Sophie Pétronin et de l’opposant malien Soumaïla Cissé en octobre, les forces françaises ont intensifié leurs frappes contre le groupe de Iyad Ag Ghaly. Début novembre, l’État­-major revendiquait ainsi la « neutralisation » de plus d’une centaine de ses membres en quelques jours, et les opérations se sont poursuivies, avec notamment l’élimination de Bah Ag Moussa, cadre important du GSIM (il a participé à a fondation d’Ansar Dine avec Ag Ghaly après avoir déserté l’armée malienne), mais également figure historique des rébellions indépendantistes touarègues.

Favoriser ou saboter les négociations?

Pourtant, à l’occasion d’une interview à RFI et France 24 (03/12), le Premier ministre malien a réaffirmé que les négociations initiées sous la présidence d’Ibrahim Boubakar Keïta se poursuivaient. De manière plus étonnante, il a réfuté tout « déphasage entre le Mali et la France », assurant, au sujet de l’action militaire de Barkhane, la complémentarité des deux démarches : « Les options ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Le dialogue que nous poursuivons (…) constitue le prolongement d’efforts d’actions à d’autres niveaux. (…) Les deux actions se complètent, se prolongent, dans le cadre d’une dynamique d’ensemble qui devrait permettre précisément de rétablir la sécurité sur l’ensemble du pays. » Il est aujourd’hui difficile de savoir s’il s’agit là d’une simple rhétorique diplomatique, ou bien si la France a réellement mis fin à sa politique d’obstruction systématique concernant ces négociations, dont le journaliste Rémi Carayol a récemment rappelé l’historique dans son dernier article (Orient XXI, 07/12).

Selon Jean-Hervé Jezequel, directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group, « la position française est en train d’évoluer, y compris sur la manière d’interagir avec les groupes djihadistes, mais le tout se fait à petits pas » (L’OBS, 19/10). Signe des temps le général (retraité) Christophe Gomart, ancien patron des forces spéciales puis du renseignement militaire, interrogé sur la question de savoir s’il était « à titre personnel » favorable à un dialogue avec les groupes djihadistes, a répondu : « C’est comme dans toute guerre, il faut savoir dialoguer… Maintenant, il ne faut pas donner légitimité aux groupes jihadistes par ce dialogue, c’est toute la difficulté » (RFI, 14/10). Il est donc possible que la série de frappes françaises menées contre le GSIM vise à permettre à l’État malien de négocier en position de force, de manière à réduire le front auquel sont confrontés la France et ses alliés au Sahel. Mais encore une fois, cela reste à confirmer.

Réduire la voilure

Ce qui est certain en revanche, c’est que les autorités politiques et militaires françaises ne cachent pas leur volonté de réduire les effectifs de la force Barkhane, qui n’ont cessé d’enfler depuis sa création en août 2014. Il ne s’agit en aucun cas pour elle de quitter le Sahel, mais de réduire les coûts économique, stratégique et politique de cette présence. « Dans les prochains mois, j’aurais des décisions à prendre pour faire évoluer Barkhane », a ainsi annoncé Macron dans l’interview à Jeune Afrique déjà citée. « Une série d’économies est demandée pour amener à un effectif acceptable à la fois par l’opinion publique et le budget, alors que les surcoûts opex [opération extérieure] atteignent cette année un nouveau record », explique le journaliste spécialisé Défense Jean­Marc Tanguy (Blog Le Mamouth, 07/11). De plus, les gradés français plaident actuellement pour que l’armée bénéficie de capacités d’intervention qui ne soient pas uniquement mobilisées pour la « guerre contre le terrorisme ».

La France devrait se préparer, comme l’a expliqué le chef d’étatmajor de l’armée de terre, le général Thierry Burkhard (Lepoint.fr, 13/10) à des « engagements de haute intensité dans la durée » en raison du « nouveau cycle de conflictualité » (que la France n’est pas la dernière à alimenter si l’on songe aux tensions avec la Turquie au sujet de la Libye…). Enfin, depuis la mort en novembre 2019 de 13 soldats dans une collision d’hélicoptère, et à l’approche de la présidentielle, le débat sur les modalités, les finalités et l’efficacité de la présence militaire française au Sahel commence timidement à sortir de sa torpeur, et la majorité craint que l’enlisement militaire français ne devienne un argument électoral supplémentaire contre le bilan de Macron.

« Nous avons perdu 50 soldats depuis le début de ces opérations et près de 500 militaires ont été blessés », rappelait par exemple le président de la commission défense du Sénat français, Christian Cambon, qui exprimait sa « vive inquiétude sur la situation de Barkhane » après la libération de djihadistes contre les otages (Lepoint.fr, 30/10).

Des recettes éculées

Les inflexions stratégiques seront vraisemblablement suggérées par le rapport de la mission d’information parlementaire qui vient d’être mise en place, et dont la composition a été soigneusement verrouillée (Blog Le Mamouth, 07/11). Mais les conclusions ne seront pas une surprise : pour alléger les effectifs de Barkhane, les Français comptent comme d’habitude sur une hypothétique aide plus importante des autres pays européens, notamment dans le cadre du groupement de forces spéciales de la force Takuba, qui peine à décoller et à s’internationaliser réellement malgré d’intenses efforts diplomatiques. On parie aussi sur la « sahélisation » de la guerre contre le terrorisme, c’est-à-dire sur la montée en puissances des armées du G5-Sahel, épaulées par l’Union européenne (mission Eutm-mali) et par la coopération opérationnelle de Barkhane.

Comme d’habitude, il s’agit moins de les rendre autonomes que d’en faire des supplétives réellement efficaces, capable de seconder les forces françaises et de tenir le terrain après leur passage. Mais surtout, il est possible qu’on s’oriente vers une stratégie privilégiant le recours de plus en plus systématique aux bombardements aériens, accompagnés d’une intervention des forces spéciales au sol pour « finir le travail ». « Les aéronefs de la force Barkhane ont frappé une centaine de fois durant les dix premiers mois de 2020. Un niveau exceptionnel depuis 2013 au Sahel », rapporte Air & Cosmos (29/10). « Selon une déclaration du Chef d’Etat­major de l’Armée de l’Air et de l’Espace face aux députés de la commission de la défense de l’Assemblée Nationale, 40 de ces frappes sont à créditer à seulement trois drones General Atomics MQ-9 Reaper qui s’avèrent particulièrement rentables. »

Ces évolutions ne régleront évidemment rien aux problèmes de fond : « Les pays européens, la France en tête, estiment en effet que le problème prioritaire à traiter au Sahel est la poussée des groupes djihadistes, alors que ce phénomène est le symptôme d’une crise plus profonde provenant d’une gouvernance à la dérive et d’États en voie de forte délégitimation. ( Limiter la crise à son aspect sécuritaire occulte ses causes, dont les griefs d’injustice, de dénis de droit, de gestion inéquitable des ressources et de discrimination », rappellent par exemple deux responsables d’International Crisis Group (LeMonde.fr, 09/11). Mais résoudre ces problèmes nécessite sans doute des révolutions démocratiques et économiques dans le fonctionnement des Etats post­coloniaux et dans leurs relations de dépendances avec les puissances extérieures, qui dépassent le cadre de réflexion habituel sur « l’aide » internationale…

Notes :

1 Article initialement paru dans Billets d’Afrique, le mensuel édité par l’association Survie en décembre-janvier 2021.

L’article Que fait l’armée française au Sahel ? est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

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Débat du jour – Pourquoi les géants du numérique craignent-ils les syndicats ?

Les géants de l’économie numérique mondiale n’ont jamais été aussi puissants. Ils sont partout et pourtant, les regards de leurs dirigeants sont aujourd’hui tournés vers un seul endroit : Bessemer, en Alabama, un état du sud des Etats-Unis. C’est là que se trouve un entrepôt du géant du commerce en ligne Amazon et c’est là que plus de 5000 employés finissent de voter pour savoir s’ils vont créer un syndicat. Ce serait une première dont Amazon n’a manifestement pas envie du tout. Pourquoi les géants du numérique craignent-ils les syndicats ? C’est la question du jour.

Pour en débattre : 

Patrick Cingolani,  professeur de sociologie à l’Institut humanités, sciences et sociétés à l’Université Paris Diderot. Auteur “La précarité” éditions Presse universitaire, “Révolutions précaires”, éditions La découverte, et  « La colonisation du quotidien – dans les laboratoires de la production post-industrielle », à paraitre  éditions Amsterdam, Mai 2021.

Donna Kesselman, professeure à l’université Paris Est-Créteil, sociologue du travail, spécialiste des droits sociaux aux États-Unis.

 

Benoit Berthelot, journaliste au Magazine Capital, auteur du livre “Le monde selon Amazon” éditions cherche midi (Téléphone)

 

 

 

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