L’Archipel Critique : Comment hériter du marxisme ?

L’Archipel Critique, une émission qui veut faire redécouvrir et renaître la radicalité de la théorie critique. Après Bernard Harcourt, nous recevons Jean-Numa Ducange, historien, pour répondre avec nous à la question suivante : Comment hériter du marxisme ? Car s’il est certain que Marx est une figure incontournable de la « critique », il n’en demeure pas moins l’objet d’interprétations, de récits ou d’incompréhensions, qui l’efface souvent derrière des grands mots d’ordre. Alors, comment s’y retrouver et comment faire une place à Marx dans notre temps, moins comme un visionnaire qui aurait déjà tout compris, que comme un théoricien pour qui l’objectif était de mettre en évidence les contradictions de chaque présent historique ?

L’Archipel Critique est une émission présentée, enregistrée à distance et mixée, par Laëtitia Riss et produite par Le Vent Se Lève. 

L’article L’Archipel Critique : Comment hériter du marxisme ? est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

from lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer https://ift.tt/36po743
via IFTTT

Généalogie de la violence en Amérique centrale : l’inégalité foncière comme moteur de l’instabilité politique

El Dorado révolutionnaire dans les années 1980, l’Amérique centrale a aujourd’hui perdu de sa superbe. Elle fait rarement l’actualité française, et lorsqu’elle existe, la couverture médiatique s’adonne à dresser le bilan humain de catastrophes naturelles répétées, à pointer des records de violence, ou à déplorer la crise migratoire qui s’y déroule. Méconnue au regard à sa voisine, l’Amérique du Sud, les deux partagent pourtant une histoire marquée par les inégalités foncières, histoire qui résonne encore davantage dans l’isthme centraméricain en raison du poids de sa population rurale. La crise environnementale actuelle et les risques qu’elle fait peser sur la ressource foncière sont venus remuer les cendres de plus d’un siècle de conflits pour la terre. Accaparement des oligarchies, projets redistributifs révolutionnaires, et ingérence des Etats-Unis : retour sur les antagonismes d’hier pour comprendre les défis d’aujourd’hui.  

Les héritages coloniaux : concentration foncière et monocultures d’exportations

La colonisation espagnole va profondément façonner l’histoire contemporaine de l’Amérique centrale. La Couronne d’Espagne conquiert le continent avec un but principal : l’exploitation des réserves d’or et d’argent. Mais les maigres gisements de l’Amérique centrale, vite épuisés, vont rapidement sceller son destin agricole.

Dès la fin du XVIe siècle, la Couronne espagnole, étouffée par une dette colossale, décide de vendre ses parcelles agricoles les plus fertiles aux descendants des conquérants. Ces derniers choisissent l’élevage extensif ou la monoculture de l’indigo, de la canne à sucre, et du cacao. Ces exploitations répondent à la demande du marché européen, soit indirectement par l’approvisionnement en denrée alimentaires de l’économie minière, soit directement par l’exportation de produits convoités sur le marché intérieur européen.

À l’exception de quelques noyaux de population groupés au nord-ouest de l’actuel Guatemala ou en bordure de rivière, l’Amérique centrale ne présente pas de peuplements indigènes aussi denses qu’au sud du continent. Le besoin en main d’œuvre conduit au déplacement forcé de nombreuses communautés autochtones, depuis les régions montagneuses vers les plaines littorales. Un système d’asservissement économique basé sur l’endettement des paysans travailleurs se met en place : l’hacienda (1).

Les grands propriétaires – latifundios – accordent aux paysans des prêts en monnaie ou en nature moyennant un remboursement par le travail sur la plantation. La main d’œuvre est ainsi forcée de demeurer sur la plantation et de vendre sa force de travail pour payer son dû. Par ailleurs, les lopins de terres concédés à la paysannerie autochtone sont insuffisants pour assurer la subsistance du foyer. À long terme, les paysans indigènes demeureront contraints de travailler pour l’hacienda en quête d’un nécessaire complément de revenu.

La structure foncière inégalitaire et le système économique fondé sur l’extraversion agricole dont hérite l’Amérique centrale à la veille des indépendances de 1821 vont dessiner sa trajectoire. Le poids des monocultures entrainera la plupart des pays de la région dans un phénomène de dépendance au sentier : la dépendance vis-à-vis des exportations agricoles empêchera la diversification de l’économie, jugée trop coûteuse à court terme. Seul le Costa Rica, qui hérite d’une structure foncière plus équilibrée, jouira d’une relative stabilité politique.

https://geology.com/world/central-america-satellite-image.shtml

Le maintien d’un ordre inégalitaire après les indépendances

Les indépendances ne remettent pas en cause la concentration des ressources foncières et agricoles entre les mains de quelques-uns. Au contraire, l’oligarchie voit sa puissance renforcée. Elle peut désormais exporter vers les marchés européens, libérée des contraintes économiques et réglementaires autrefois imposées par la Couronne espagnole. L’économie de la région sera dès lors rythmée par les succès consécutifs des différentes monocultures.

Le XIXe siècle est marqué par l’expansion rapide de la culture du café, qui dans certaines régions – notamment le Salvador – se fait par la spoliation de terres indigènes. En 1880 le café est le premier produit d’exportation du Costa Rica, du Guatemala et du Salvador. Pour développer leurs exploitations caféières, les latifundios font appel aux bailleurs de fonds des pays consommateurs. Ces derniers récupèrent les plantations des mauvais payeurs, entraînant le passage rapide de très grandes plantations caféières aux mains d’investisseurs étrangers.

Les progrès réalisés en matière de transport terrestre, maritime et de réfrigération pour la conservation des fruits et des viandes confortent la spécialisation agro-exportatrice de l’Amérique centrale. Dans la première moitié du XXe siècle, la banane connaît un essor fulgurant, et cela sous la tutelle d’investissements extérieurs, en particulier des États-Unis dont la victoire contre la Couronne espagnole en 1898 a assis l’influence.
Les compagnies bananières nord-américaines s’implantent en suivant un même schéma : elles se voient concéder de grandes étendues de terres en échange de la construction d’infrastructures portuaires et de transport, dont elles conservent ensuite la gestion pendant plusieurs décennies (2). Parmi elles, l’emblématique United Fruit Company.

La mainmise des États-Unis sur la région, et leur tutelle sur le canal de Panama jusqu’en 1999 leur assure le contrôle du transit des marchandises à travers l’isthme centraméricain. Dans la première moitié du XXe siècle, le Nicaragua subit les occupations successives de l’armée américaine, motivées par l’ambition de construire un deuxième canal interocéanique. En 1927, la guérilla d’Augusto Sandino se soulève contre la présence étrangère. Les ouvriers et les paysans, dont la précarité est entretenue par l’économie d’agriculture rentière et de plantations, constituent sa principale base sociale.

Guerre de voisinage, aux origines de la “guerre du foot” Honduras-Salvador…

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Soldados_Salvadore%C3%B1os_patrullando_el_%C3%A1rea_fronteriza_con_Honduras_durante_la_guerra_de_las_100_horas,_1969.jpg
Soldat Salvadoriens patrouillant dans la zone frontalière avec le Honduras, 1969

La crise économique de 1929 et la chute du prix des matières premières viennent aggraver la situation de la petite paysannerie dans la région. Pour abaisser les coûts de productions, les exploitants diminuent les salaires des ouvriers agricoles. Le mécontentement et la misère alimentent la contestation paysanne.

En janvier 1932, des milliers de paysans de l’ouest du Salvador s’insurgent. Armés pour la plupart de machettes et de quelques fusils, ils attaquent des garnisons militaires, occupent des villes, et pillent ou détruisent entreprises, bâtiments gouvernementaux et maisons privées. La révolte sera violemment réprimée par l’armée et les bandes paramilitaires locales. En l’espace de quelques jours, on décomptera selon les sources entre 10 000 et 40 000 morts. Cet épisode sanglant, nommé « La Matanza » (massacre en espagnol), est considéré comme l’un des cas les plus extrêmes de répression étatique dans l’histoire moderne de l’Amérique latine.

En parallèle, naissent les germes d’un autre conflit… Pour pallier le manque de terres, l’oligarchie foncière salvadorienne organise le déplacement de nombreux travailleurs agricoles au Honduras voisin, pays cinq fois plus grand mais guère plus habité. 30 ans plus tard, ce sont 300 000 Salvadoriens qui ont migré au Honduras.

En 1962, le gouvernement hondurien tente de lancer une réforme agraire qui vient s’opposer aux intérêts des grands propriétaires et des compagnies étrangères, dont la United Fruit Company. Avec l’appui de ces derniers, le général Arellano fomente un coup d’État qui renverse le président Ramon Villeda. La réforme en projet est rapidement abandonnée, mais sous la pression de l’activisme agraire, le général Arellano sera finalement contraint de la relancer à la fin des années 1960. La question foncière se trouve alors au cœur du débat public, les Salvadoriens apparaissent comme des concurrents pour la terre et sont dépeints dans la presse comme des accapareurs. En juin 1969, la flambée des tensions conduit à l’expulsion de 500 familles salvadoriennes. Un pic de violence est atteint le 14 juillet 1969, prolongeant des semaines d’affrontements déclenchés par des matchs de football qui ont opposé les deux équipes nationales. La « guerre du foot » durera 4 jours, le bilan comptera plusieurs milliers de morts.

D’une pierre deux coups : sauvegarde de ses intérêts commerciaux et lutte contre le communisme ; le soutien des États-Unis à l’oligarchie foncière

Alors qu’en Amérique du Sud, à partir des années 1960, les États-Unis encouragent et font pression sur les gouvernements pour enclencher un relatif partage des terres et favoriser le développement d’un marché intérieur, les intérêts nord-américains en Amérique centrale sont différents. Les États-Unis y sont beaucoup plus présents du fait de multinationales agricoles (Standard Fruit Company, United Fruit Company…) et parce que les monocultures d’exportation leur sont quasi-exclusivement destinées(3). Ils n’ont donc intérêt ni à la redistribution, ni au développement d’une agriculture diversifiée pour alimenter le marché national. Ceci motive un soutien indéfectible aux grands propriétaires fonciers, soutien sans lequel ces derniers ne pourraient se maintenir.

En 1954, les intérêts particuliers du groupe United Fruit Company, soutenu par les États-Unis, vont anéantir une expérience politique et économique sans précédent en Amérique latine. Les raisons de la colère : encore et toujours, la terre.

Au Guatemala, la fin de la dictature en 1944 a marqué le début du « Printemps guatémaltèque », une période caractérisée par des avancées sociales et politiques considérables : semaine de travail de quarante-quatre heures, droit de s’organiser en syndicats, égalité des salaires entre hommes et femmes, plan d’éducation, abolition de la discrimination raciale… Jacobo Arbenz accède démocratiquement au pouvoir en 1952 et entend poursuivre la politique réformiste amorcée 8 ans auparavant. Le décret n°900, ou « Loi de réforme agraire », est voté à l’unanimité. Il exproprie plus de 600.000 hectares de terres en friche ou en jachère appartenant à l’oligarchie foncière nationale et aux investisseurs étrangers, en vue de les redistribuer aux petits paysans et paysans sans terres. En deux ans, 500.000 Guatémaltèques, sur une population totale de trois millions d’habitants, vont bénéficier de ces dotations (4). La compagnie bananière nord-américaine United Fruit Company n’entend pas se laisser amputer de ses terres et s’affaire en coulisse à l’organisation d’un coup d’État. Elle dispose de connexions privilégiées au plus près du pouvoir : la secrétaire particulière du président des États-Unis Eisenhower n’est autre que l’épouse d’Edmund Whitman, le chargé des relations publiques de la firme.
Pour obtenir le soutien du gouvernement, l’entreprise agite le spectre du péril rouge et présente la réforme guatémaltèque comme un projet piloté par Moscou. Le décret n°900 exposait pourtant noir sur blanc qu’il visait à développer des formes capitalistes de production d’agriculture et à intégrer l’agriculture guatémaltèque à l’économie de marché. Mais la compagnie bananière réussit son opération de communication. En juin 1954, une centaine d’opposants armés par la CIA pénètrent dans le pays, appuyés par les bombardements aériens de pilotes nord-américains. Le président Arbenz capitule. Cet évènement forme le point de départ de plus de quarante années de guerre civile, et d’un massacre sans précédent dans l’histoire du pays. Le clivage ethno-agraire entre grands propriétaires ladinos (5) et paysans indiens sera l’un des éléments matriciels du conflit.

Quoique la main soviétique ait en l’occurence été fantasmée pour servir les intérêts de la United Fruit Company, l’Amérique centrale a cependant incarné un véritable front de la guerre froide.

En juillet 1979 au Nicaragua, fort du soutien populaire, le Front sandiniste de libération nationale d’inspiration marxiste arrive au pouvoir par les armes, mettant ainsi un terme à plus de quarante ans de dictature de la famille Somoza. Celle-ci disposant à elle seule de près de 20% de la superficie cultivable du pays [6], les sandinistes héritent d’une économie très dépendante des marchés internationaux et particulièrement des États-Unis, principal acheteur et premier fournisseur. Jusque-là, la politique agricole consistait à investir quasi-exclusivement dans les grandes exploitations exportatrices (coton, tabac, canne à sucre, bananes…). Les petits paysans, refoulés sur les terres les moins fertiles et les plus difficiles d’accès, ne pouvaient être compétitifs et étaient réduits à une agriculture de subsistance.

La réforme agraire lancée par le nouveau gouvernement consiste en une expropriation et nationalisation du domaine de la famille Somoza. Comme il doit composer avec la bourgeoisie agraire engagée dans la lutte anti-somoziste, le gouvernement épargne le reste des grands domaines. Cette nationalisation n’aboutit toutefois pas à une vaste redistribution. L’État compte encore sur les cultures d’exportation, principales pourvoyeuses de devises, et craint que la distribution des terres aux paysans ne convertisse ces exploitations en cultures vivrières. La première réforme ne parvient ainsi pas à répondre à la demande foncière, et les occupations de terres sous-exploitées se multiplient dans les régions nord du pays. Une deuxième phase de réforme est donc lancée en août 1981. Les expropriations s’étendent désormais aux terres insuffisamment exploitées de l’ensemble des latifundios. Ces démembrements radicalisent l’opposition au pouvoir. Certains grands propriétaires expropriés se rallient au mouvement contre-révolutionnaire des contras, une contre-insurrection pilotée par les États-Unis, opposés au régime sandiniste proche de Cuba.

En effet, dès son arrivée au pouvoir, Reagan rompt avec la politique d’aide de son prédécesseur et entend écraser l’influence marxiste qui se propage dans son pré-carré. L’intervention américaine, à travers le soutien militaire et financier apporté au contras, entraînera le Nicaragua dans dix années de guerre intestine et bloquera toute réforme efficace en obligeant le pouvoir à se concentrer sur la politique sécuritaire.

L’Histoire de l’Amérique centrale est étonnamment répétitive : le Salvador connaîtra un sort semblable à celui du Nicaragua. En 1981, les profondes inégalités déclencheront douze ans de guerre civile révolutionnaire entre le Front Farabundo Martí (FMLN, d’obédience marxiste-léniniste) et les gouvernements successifs. Ici aussi, l’ingérence des États-Unis sera encore de mise.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Guerracivilsv.png
Une décennie de guerre civile 1981 – 1992 : Les affrontements oppose l’armée salvadorienne (photo) au le Front Farabundo Marti de Libération Nationale. © Guiseppe Dezza
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Protest_against_the_Salvadoran_Civil_War_Chicago_1989_5.jpg
Manifestation contre l’ingérence des Etats-Unis dans la guerre civile qui touche le Salvador, Chicago, 1989

Quel bilan aujourd’hui ? Les enjeux de la crise climatique, un facteur de tension supplémentaire

Après plus d’un siècle et demi de dissensions et de conflits entre pays voisins, la fin de la guerre froide confine davantage l’Amérique centrale dans l’arrière-cour des États-Unis. Les réformes agraires, lorsqu’elles ont eu lieu, ont été un échec car peu ambitieuses ou rapidement remises en cause par des politiques néolibérales.

Au Honduras en 1992, la loi de modernisation agricole ouvre les terres distribuées lors de la réforme agraire à la vente et l’exploitation pour une agriculture de rente. L’objectif recherché est clair : attirer les capitaux de l’agro-business. Des chefs de coopératives agricoles vendent les terres, souvent à l’insu des paysans qui la cultivent et qui ont peu de ressources pour faire respecter leurs droits face aux grandes entreprises.
Les réformes agraires adoptées dans les années 1980 et 1990 au Nicaragua et au Salvador dans le cadre des processus de paix sont contemporaines des programmes d’ajustements structurels imposées par le Fonds monétaire international. Les paysans se voient accorder des terres en même temps qu’on les prive des moyens financiers et matériels de les mettre en valeur. Ils les revendent aux exploitants qui possèdent déjà un capital économique conséquent, et la propriété des terres retombe aux mains des multinationales.

Malgré ces échecs, la perspective de nouvelles réformes agraires semble aujourd’hui enterrée. Des décennies de guerre ont eu raison des velléités révolutionnaires et les partis issus des guérillas marxistes se sont satisfaits de réformes inachevées mais pacificatrices. Pour ceux-là qui ont accepté le statu quo, la politique de réforme agraire appartient au siècle passé.

Aujourd’hui, les effets de la crise climatique renforcent la pression qui régnait déjà sur les terres. Les terres exploitables se raréfient. Les multinationales sortent gagnantes de cette concurrence pour la terre, compromettant davantage les possibilités de diversification économique. Longues périodes de sécheresses, inondations brutales et élévation des températures fragilisent les capacités paysannes de subsistance.

https://wrm.org.uy/es/articulos-del-boletin-wrm/expansion-de-las-plantaciones-de-palma-aceitera-como-politica-de-estado-en-centroamerica/
Paysage de monoculture de palme en Amérique centrale

Les communautés rurales se disputent l’eau avec les grands groupes agricoles ou extractifs, et des projets d’infrastructure tels que les grands barrages sont souvent venus réduire leur accès à la ressource. Dans les zones côtières du Salvador par exemple, la culture de la canne a étendu sa surface de quasi 50% durant la dernière décennie. Ce changement d’usage des sols qui est allé de pair avec la surexploitation des ressources en eau et leur pollution au glyphosate et autres engrais chimiques, a contraint un déplacement de l’agriculture paysanne (7). Au Guatemala, la déviation des cours d’eau par les entreprises bananières est dénoncée depuis de nombreuses années par les riverains, qui l’accusent de mettre à sec les fleuves pendant la saison sèche (8).

Les flux croissants de migrations enregistrés ces dernières années vers les États-Unis en provenance de l’Amérique centrale (9), s’expliquent en partie par la crise à laquelle sont confrontés les espaces ruraux (10). Le changement climatique vient ainsi raviver les inégalités profondes de la société centraméricaine, et soulève l’urgence d’une remise en cause des systèmes productifs de la région, afin de pouvoir assurer à son peuple, une vie sur sa terre d’origine.

Notes :

(1) « Hacienda » est communément employée pour désigner une exploitation agricole de grande dimension. Les économistes font néanmoins la distinction entre l’hacienda et la plantation en tant que système productifs et économiques différents avec des critères tenant au contrôle du travail, à l’utilisation des terres et du capital. L’hacienda est caractérisée par la monopolisation des terres destinées à nier des alternatives aux  travailleurs, tandis que la plantation s’appuierait davantage sur la rémunération par le salaire et non par l’allocation de moyens de subsistance (Edelman, Marc. 2018. « ‘Haciendas and Plantations’: History and Limitations of a 60-Year-Old Taxonomy ». Critique of Anthropology)

(2) Ellis, 1983 ; cité par Dufumier, M. 2004. Agricultures et paysanneries des Tiers mondes. Collections « Hommes et sociétés ». Paris: Karthala.

(3) Dufumier, M. 1985. « Réforme agraire au Salvador ». Civilisations 35 (2)

(4) Dasso, Étienne. 2008. « Aux origines du coup d’État de 1954 au Guatemala : le rôle de la United Fruit Company dans la préparation du soulèvement contre Jacobo Arbenz ». L’Ordinaire des Amériques, nᵒ 210

(5) « Ladino » est, en Amérique centrale, le nom donné aux personnes d’ascendance indigène, le plus souvent métisses, et de culture “hispanisée”, c’est-à-dire dont la langue maternelle est l’espagnol et qui ont un mode de vie fortement occidentalisé.

(6) Dufumier, Marc. 1983. « La question agraire au Nicaragua ». Revue Tiers Monde 24 (95)

(7) Instituto de Investigaciones ITZTANI (2012): Análisis de la producción azucarera en el salvador y sus vínculos con procesos de cambio del uso del suelo, la deforestación y degradación de ecosistemas forestales. MARN y GIZ.

(8) Tribunal Latinoamericano del Agua, VI Audiencia Pública TLA – Audiencias de Instrucción sobre Controversias Hídricas en Argentina, El Salvador, Nicaragua y Guatemala, Ciudad Guatemala – 05 a 09 de Octubre 2015

(9) Faret Laurent, 2018, « Enjeux migratoires et nouvelle géopolitique à l’interface Amérique Latine‐ Etats Unis », Hérodote, n°171, pp.89‐10.

(10) Film documentaire, 25 mn, Honduras, les migrants de la soif.
https://www.france24.com/fr/20190215‐reporters‐doc‐honduras‐exil‐caravane‐migrants‐etats‐unisviolence‐pauvrete‐secheress

Cet article s’est appuyé sur les lectures suivantes :

Acqueros, Jean-Gabriel, et Demoustier, Alain. 1981. « Amérique centrale : les raisons d’une crise » Politique étrangère 46 (3): 691‑98.

Bataillon, Gilles. 2005. « De Sandino aux contras ». Annales. Histoire, Sciences Sociales 60e année (3): 653‑88.

Blanc, Pierre. 2018. Terres, pouvoirs et conflits. Une agro-histoire du monde. Presses de Sciences Po.

Ching, Erik, et Virginia Tilley. 1998. « Indians, the Military and the Rebellion of 1932 in El Salvador ». Journal of Latin American Studies.

Collombon, Maya, et Dennis Rodgers. 2018. « Introduction. Sandinismo 2.0 : reconfigurations autoritaires du politique, nouvel ordre économique et conflit social ». Cahiers des Amériques latines.

Dasso, Étienne. 2008. « Aux origines du coup d’État de 1954 au Guatemala : le rôle de la United Fruit Company dans la préparation du soulèvement contre Jacobo Arbenz ». L’Ordinaire des Amériques.

Dufumier, M. 2004. Agricultures et paysanneries des Tiers mondes. Collections « Hommes et sociétés ». Paris: Karthala.

Dufumier, Marc. 1985. « Réforme agraire au Salvador ». Civilisations.

Dufumier, Marc. 1983. « La question agraire au Nicaragua ». Revue Tiers Monde.

Edelman, Marc. 2018. « ‘Haciendas and Plantations’: History and Limitations of a 60-Year-Old Taxonomy ». Critique of Anthropology.

Faret, Laurent. 2018, « Enjeux migratoires et nouvelle géopolitique à l’interface Amérique Latine‐ Etats Unis », Hérodote.

Ramonet, Ignacio. 1987. « La longue guerre occulte contre le Nicaragua ». Le Monde diplomatique.

L’article Généalogie de la violence en Amérique centrale : l’inégalité foncière comme moteur de l’instabilité politique est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

from lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer https://ift.tt/2MHfjj1
via IFTTT

Pour la reconnaissance du travail hors de l’emploi

Longtemps, une partie de la gauche a cherché à mobiliser autour de la défense de services publics forts et de la justice fiscale. Les récentes défaites citoyennes, politiques et syndicales doivent nous interpeller : malgré la forte mobilisation qu’ont pu susciter tant l’opposition à la réforme des retraites que le mouvement des gilets jaunes ou la grève des cheminots en 2018, ces combats se sont soldés par des défaites. Dès lors, comment analyser ces mouvements sociaux et rebâtir un discours à même de fournir une grille d’interprétation générale, un projet capable de susciter l’adhésion ? Gageons ici que l’enjeu central est le renversement du cœur de nos revendications, qui acceptent à tort de se situer sur le terrain imposé par la classe dominante, à l’origine des réformes. Tout discours émancipateur doit impérativement réinvestir les questions centrales du travail et de l’investissement.

La définition du travail : un enjeu décisif

Enjeu central de la lutte des classes, la définition du travail – qui n’a rien de naturel – n’est jamais neutre. N’est considéré comme relevant du travail que la part de notre activité que des institutions légitimes reconnaissent comme contribuant à la création de valeur économique. Ainsi, ce ne sont jamais les caractéristiques intrinsèques d’une activité qui lui permettent d’être considérée comme du travail, mais bien les conditions dans lesquelles elle est effectuée. L’exemple le plus éloquent est sans doute celui des tâches domestiques. Repeindre ses propres volets ne semble pas relever, dans un cadre capitaliste, de la notion de travail (au sens de contribution à la création de valeur économique). En revanche, une peintre exerçant en auto-entrepreneuse embauchée pour faire la même action verra son activité être reconnue comme du travail (et donc comptabilisée dans le PIB).

L’enjeu de l’émancipation du travail est, précisément, de reconnaître et salarier le travail hors de l’emploi.

Dans un cadre purement capitaliste, les institutions de reconnaissance du travail, que sont le marché des biens et services pour les indépendants et le marché de l’emploi pour les autres, ne retiennent qu’un seul critère : celui de la mise en valeur de capital. Le discours de la bourgeoisie capitaliste vise donc à entretenir la confusion entre le travail et l’emploi – autrement dit la mise en valeur du capital d’un propriétaire. Il ne serait ainsi possible de travailler que dans l’emploi. Au contraire, l’enjeu de l’émancipation du travail est précisément, de reconnaître et salarier le travail hors de l’emploi.

Cette conception capitaliste des personnes comme étant par défaut étrangères au travail se double d’une clause particulièrement scandaleuse : non seulement les détenteurs du capital s’accaparent une part de la valeur créée par les travailleurs au seul motif de leur propriété lucrative de l’outil de production, mais en plus les travailleurs ne peuvent pas décider de leur propre travail. Dès lors, émanciper le travail, et donc les travailleurs, revient à instituer des institutions alternatives qui reconnaissent le travail hors de ce carcan capitaliste de la seule mise en valeur de capital et s’appuient sur d’autres indicateurs.

Le mouvement réel de l’émancipation du travail

Le combat pour l’émancipation du travail, à travers notamment la lutte syndicale, s’est déjà avéré triomphant. Les travaux de Claude Didry [1] contribuent à montrer que l’imposition du salariat en tant qu’institution est une grande conquête ouvrière. Le salariat repose sur la qualification, c’est-à-dire l’abstraction qui permet d’estimer la contribution de chaque activité à la création de valeur économique. En d’autres termes, dans l’institution du salaire, c’est la qualification qui devient le vecteur de transformation de l’activité en travail.

L’imposition de la qualification – et le salaire, qui n’en est que la reconnaissance – est donc un progrès [2] : elle libère une part importante d’aléa dans la rémunération du travail tout en lui assignant un cadre réglementaire ouvrant la voie à un rapport de force collectif pour la définition des niveaux de qualification dans chaque branche et convention collective nationale. Il permet une déconnexion fondamentale entre la rémunération et l’activité concrète : ce n’est pas notre stricte activité – et ses innombrables aléas [3] – qui sont le fondement de notre salaire, mais bien plutôt la qualification nécessaire à la réalisation de ce type de tâches dans le cadre du poste de travail que nous occupons.

C’est sous l’impulsion de la CGT, créée en 1895, que le salaire, fruit d’une conquête ouvrière, est institué comme reconnaissance d’une qualification et ouvre la voie aux conventions collectives © Céach

Cependant, cette victoire n’est que partielle et demande à être approfondie. Pour libérer entièrement le travail du carcan capitaliste de l’emploi, il faut que la qualification ne soit pas rattachée au poste de travail, mais à nos personnes mêmes. En les responsabilisant et les reconnaissant ainsi, tous les titulaires d’une qualification pourraient redéployer dans des activités bien plus justes et responsables écologiquement leurs riches savoir-faire, hors du seul champ de l’emploi capitaliste.

Le statut : la sanctuarisation de la libération du travail

Cette extension de la victoire du salariat qui reconnaît les personnes comme étant titulaires de leur qualification (et donc de leur salaire) se déploie déjà dans de larges pans de l’économie. C’est le cas notable du « statut général des fonctionnaires » et du « statut national du personnel des industries électriques et gazières [4] ». Le premier a été rendu possible par une loi d’avril 1946 promulguée par le communiste Maurice Thorez, alors Ministre de la Fonction Publique et vice-Président du Conseil. Le second fut créé en juin 1946 par Marcel Paul, ministre communiste de la production industrielle. Ces deux statuts sont de puissants vecteurs d’émancipation du travail. Ils sont proprement révolutionnaires précisément parce qu’ils changent la définition du travail.

Un fonctionnaire ou un cheminot n’a pas d’employeur et ne met en valeur aucun capital possédé à des fins lucratives par aucun propriétaire lucratif.

Le statut des cheminots rattache à leur qualification à leur personne, et non pas à leur poste de travail. © Alexis WMFr

Un fonctionnaire ou un cheminot n’a pas d’employeur et ne met en valeur aucun capital possédé à des fins lucratives par aucun propriétaire lucratif. Ces travailleurs ne sont pas reconnus en tant qu’employés sur un poste de travail, mais en tant que titulaires d’une qualification qui ouvre droit à la perception d’un salaire. Ils ne sont ainsi pas payés pour leurs postes, mais pour leurs grades – dont ils sont titulaires – qui expriment leurs qualifications personnelles acquises grâce à des concours, de l’expérience et une évaluation par leurs pairs, entre autres mécanismes. Ce sont là les germes d’un salaire à la qualification personnelle [5].

Dans ce sens, parler de « sécurité de l’emploi » pour les fonctionnaires est tout à fait inexact. Ce que permet leur statut n’est rien d’autre que l’abolition du marché de l’emploi en ouvrant la voie à une reconnaissance du travail hors de l’emploi. Les nombreux projets de réforme contemporains ont d’ailleurs pour objectif de s’attaquer à ce principe. C’est donc au nom de la défense de cette émancipation du travail et de cette extension de la qualification qu’il faut s’opposer à ces réformes. Au lieu de rester cantonnés à des mots d’ordre mobilisateurs souvent vains et qui ne permettent pas d’exprimer une vision profonde des enjeux sous-jacents relatifs au travail, s’appuyer sur cette reconnaissance du travail alternative au marché de l’emploi capitaliste serait un atout important dans nos luttes.

La pension de retraite doit être vue comme une institution qui reconnaît l’activité des retraités comme étant du travail, mais du travail libéré de l’emploi.

La retraite comme émancipation définitive du travail

Les mécanismes de libération du travail du carcan capitaliste dans lequel l’emploi le restreint se jouent aussi dans notre système de retraite. Il suffit de poser la question à n’importe lequel d’entre eux, bénéficiant d’une pension convenable, pour constater que l’immense majorité s’accorde sur un point : « Les retraités n’ont jamais autant travaillé qu’en retraite ». En tout cas, leur éviction du marché de l’emploi ne signifie pas pour eux l’entrée dans l’inactivité. C’est même l’exact contraire. La pension de retraite doit donc être vue comme une institution qui reconnaît l’activité des retraités comme étant du travail, mais du travail libéré de l’emploi.

En fait, la retraite peut être analysée à l’aune de deux conceptions : l’une libère le travail et responsabilise les retraités, l’autre les postule inutiles et improductifs. Qu’un retraité s’engage dans le Conseil municipal de sa ville, garde ses petits-enfants après l’école, s’implique dans une association, entraîne des jeunes le mercredi dans un club de sport ou encore rédige des articles pour une gazette locale, son activité devient du travail dès lors que l’on perçoit sa pension comme un salaire reconnaissant sa qualification pour ces activités.

La vision émancipatrice de la retraite ne voit ainsi dans la pension rien d’autre que la poursuite du salaire des retraités (selon la meilleure qualification qu’ils ont atteinte et dont ils deviennent titulaires) qui leur permet de travailler librement hors de l’emploi, et sans mettre en valeur de capital. Face à cette conception, la classe capitaliste présente la retraite comme un simple différé des cotisations, posant ainsi les retraités comme de vulgaires inactifs représentant un poids pour la société et ayant droit de récupérer ce qu’ils ont cotisé au nom d’une solidarité intergénérationnelle qui leur fait l’affront de les définir par leur manque. La référence à la qualification et au salaire dans la première vision fait des retraités des travailleurs contribuant à la création de valeur. La seconde vision, quant à elle, renforce la définition capitaliste du travail, enserrée dans le carcan de l’emploi.

A l’heure où la bataille contre la réforme des retraites n’est pas terminée, il faut revendiquer avec ardeur la vision de la retraite comme un vecteur de reconnaissance et de rémunération du travail effectué librement par les retraités et hors de l’emploi. Cet enjeu est fondamental et permet d’amorcer lui aussi un changement dans la définition du travail, qui ouvre justement la voie à une maîtrise sur les outils et les fins du travail par celles et ceux qui le font.

Le régime général ou l’institution des possibles

Précisément, ce qui permet que les retraités décident véritablement de leur travail, c’est qu’ils ne sont pas payés par un patron, mais par les caisses du régime général, alimentées par les cotisations sociales.

Ambroise Croizat, syndicaliste et personnalité politique (PCF). Ministre du travail, il met en place le régime général de Sécurité Sociale à partir de 1946 © Rouge Production

C’est le cas également des parents reconnus comme titulaires d’une qualification dès lors qu’ils éduquent un enfant. Les allocations familiales ne reconnaissent aucunement le coût d’un enfant, mais bien plutôt le fait que l’éduquer implique une qualification. C’est cette qualification que vient reconnaître le salaire versé par la Caisse des Allocations Familiales, alimentée par les cotisations. Dans une certaine mesure, tous les professionnels de santé conventionnés par l’Assurance Maladie sont également rémunérés par les caisses Maladie du régime général, et le critère du conventionnement de ces professionnels fait office, pour eux, de reconnaissance d’un certain niveau de qualification.

Le travail n’est un coût que pour celui qui l’exploite.

En adoptant cette lecture du régime général, il est ainsi difficile de concevoir les cotisations sociales comme des charges renchérissant le coût du travail. Tout d’abord car le travail n’est un coût que pour celui qui l’exploite. Mais surtout, la cotisation est un moyen d’allouer les fruits de notre travail en outrepassant les circuits capitalistes qui rémunèrent plus le capital que le travail (alors que le capital ne produit rien sans travail vivant).

La cotisation, bien loin d’être un coût, permet donc au contraire de reconnaître le travail partout où il existe et de le rémunérer plus justement. Elle permet aussi d’alimenter des caisses d’investissement qui peuvent subventionner l’investissement pour générer des outils de travail sur lesquels ne s’exerce aucune propriété lucrative, mais bien plutôt une copropriété d’usage. C’est le cas, par exemple, de l’hôpital public financé par subvention des mêmes caisses Maladie à partir des années 1950.

Finalement, tant les statuts que les retraites, ainsi que tous les autres salaires versés par les caisses du régime général, sont des lieux où s’exerce déjà l’idée d’un salaire à la qualification personnelle. Ces travailleurs sont reconnus comme contribuant à la création de valeur économique même sans mettre en valeur aucun capital et peuvent par là-même prétendre à une souveraineté sur leur travail concret. Cette émancipation du travail doit être défendue là où elle existe déjà, afin de pouvoir ensuite se battre pour son extension à d’autres domaines. Le projet – de plus en plus documenté et soutenu – de bâtir une Sécurité Sociale de l’Alimentation s’inscrit dans cette logique qui vise à responsabiliser les travailleurs qui doivent décider de leur travail, libérés des injonctions capitalistes trop souvent écocidaires. C’est là la condition sine qua non d’un retour à la raison de toutes les productions.

Notes

[1] Claude Didry, L’institution du travail. Droit et salariat dans l’histoire, La Dispute, 2016

[2] Comment ne pas lire le salariat comme un progrès quand l’enjeu du capitalisme de plateforme est justement de le contourner en imposant aux exploités la façade d’indépendant, qui leur nie toute qualification, qui ouvre droit au salaire ?

[3] Voir la note de juin 2020 de Jean-Pascal Higelé pour l’Institut Européen du Salariat.
URL : https://ies-salariat.org/index.php/2020/06/29/crise-sanitaire-et-salariat-ce-que-le-confinement-revele-des-formes-dinstitution-du-travail/.

[4] Dans ce statut national, la reconnaissance de la qualification rattachée aux travailleurs se poursuit même en retraite, puisqu’il se prolonge à travers un « salaire d’inactivité de service » : le titulaire de la qualification continue d’être payé et reste actif dans la retraite, à ceci près qu’il déploie sa qualification hors du poste de service qu’il occupait auparavant.

[5] Le salaire à la qualification personnelle, ou salaire à vie, est défendu par Bernard Friot dans nombre de ses ouvrages, à commencer par Vaincre Macron (La Dispute, 2017).

L’article Pour la reconnaissance du travail hors de l’emploi est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

from lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer https://ift.tt/2YpzyVd
via IFTTT

Où en est l’extrême droite française ?

À l’extrême droite, la domination sans partage du Rassemblement national sur le plan électoral concentre naturellement l’attention médiatique, au détriment de l’analyse d’autres phénomènes politiques. L’existence de groupuscules violents est pourtant bien documentée, quoique trop souvent comprise comme une succession de faits divers. Peut-on réduire l’extrême droite française contemporaine à ces deux visages caricaturaux ?

Si l’ex-Front national bénéficie d’une solide rente électorale qui lui assure le rôle de « meilleur ennemi » d’un centre libéral et européiste, son histoire reste marquée par une incapacité à prendre les rênes du pays. Le recentrage de Marine Le Pen autour de thématiques sociales et souverainistes, en rupture avec un Jean-Marie Le Pen qui se présentait dans les années 80 comme le « Reagan européen », ne lui a pas permis à ce jour de réaliser la percée tant attendue. Bien au contraire, son échec au second tour de l’élection présidentielle de 2017 a sérieusement affaibli ses prétentions à incarner une alternative politique crédible.

Néanmoins, l’extrême droite peut-elle exister dans les urnes en dehors du Front/Rassemblement national ? Il est permis d’en douter. Toutes les expériences allant dans ce sens se sont terminées par de cuisants échecs, du Parti des forces nouvelles, champion de l’eurodroite dans les années 70-80, à l’émancipation de Florian Philippot en 2017, en passant par la scission d’une partie de l’appareil frontiste sous l’impulsion de Bruno Mégret en 1999. Inutile de recenser de manière exhaustive les innombrables listes électorales d’extrême droite, constituant autant de témoignages d’une survivance fasciste ou catholique-traditionaliste en rupture avec le lepénisme. La faiblesse générale de leurs résultats prouve leur difficulté à s’émanciper de leur micro-espace électoral fortement idéologisé.

Seul le maintien d’une sociabilité militante associée à un endoctrinement idéologique poussé assure alors la survie de groupes qui choisissent cette voie.

Le succès de l’entreprise des Le Pen tient au contraire à son dépassement des chapelles traditionnelles au profit d’un projet s’incarnant dans une personnalité charismatique, dans une « marque électorale ». Toutes les composantes de l’extrême droite post-guerre d’Algérie se rallient ainsi, à un moment ou à un autre, à Jean-Marie Le Pen : « nationaux », nationalistes-révolutionnaires, néonazis et catholiques traditionalistes ne peuvent espérer agréger seuls des électorats aussi disparates qu’un vote frontiste allant des régions désindustrialisées de l’Est aux villas cossues de la Côte d’Azur.

Les purges successives impulsées par Marine Le Pen pour mettre en ordre de bataille sa formation n’ont pas changé la donne. Elles ont au contraire mis en lumière l’isolement puis la marginalisation de franges radicales écartées du parti, contraintes de se replier sur l’activisme et de renoncer à maîtriser l’agenda politique et médiatique. S’écarter du champ électoral implique de renoncer aux ressources électives dont les financements liés aux élus et l’accès aux médias. Seul le maintien d’une sociabilité militante associée à un endoctrinement idéologique poussé assure alors la survie de groupes qui choisissent cette voie. Mais, au-delà de situations locales favorables, leurs perspectives de développement restent généralement très faibles.

La perspective d’une droite hors les murs

D’autres acteurs politiques extérieurs au Rassemblement national tentent aujourd’hui de briser le plafond de verre électoral en créant des ponts, non pas avec les franges radicales de l’extrême droite mais avec des secteurs de la droite dite de gouvernement. La situation est effectivement favorable à de tels rapprochements. Historiquement, la droite giscardienne et « indépendante » a constitué une machine à recycler des cadres néofascistes issus d’Occident puis d’Ordre nouveau. Néanmoins, la droite gaulliste entretenait pour sa part une certaine animosité avec les « nationaux », qui vécurent l’indépendance algérienne comme une trahison impardonnable.

L’évolution progressive de ces clivages historiques et le déplacement du champ politique français vers la droite ont rapproché d’importantes parts des différentes droites autour de thématiques identitaires, voire civilisationnelles. Si la dynamique à l’œuvre trouve ses racines dès l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, le coup porté aux Républicains par l’échec de la candidature de François Fillon en 2017 en constitue un nouveau palier. La construction d’un centre libéral et européiste siphonnant l’électorat du centre gauche puis de la droite constitue une réelle menace pour des Républicains repliés sur leurs bastions locaux. Il devient alors tentant de chercher des alliances avec l’autre droite, revendiquant désormais l’héritage gaulliste et républicain.

Quelques individus évoluant hors de ces formations partisanes encouragent cette dynamique en justifiant théoriquement et en impulsant ces rapprochements. Ces personnalités incluent le polémiste Éric Zemmour, le maire de Béziers Robert Ménard (à l’origine du projet d’union Oz’ ta droite), ou encore Marion Maréchal, dont l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques à Lyon ambitionne de former les nouvelles générations de cadres de la droite. La stratégie n’est en soi pas nouvelle. Bruno Mégret avait déjà envisagé une dédiabolisation suivie d’une ouverture vers la droite gaulliste dont il provenait. La particularité de la conjoncture actuelle tient dans l’existence de demandes croissantes qui proviennent d’une droite de gouvernement fracturée, entrant en résonance avec une formation lepéniste repositionnée. Les élections locales pouvant servir de bac à sable pour de telles alliances n’ont cependant pas permis à ce projet de se concrétiser car, au niveau national, les Républicains devaient prouver leur capacité à gagner seuls pour que l’appareil survive.

Les identitaires, de l’innovation à la stagnation

Le mouvement identitaire est apparu en France au tournant du siècle avant d’essaimer ailleurs en Europe. Il est le produit d’un bilan critique réalisé en 2002 par des militants nationalistes-révolutionnaires issus de la défunte Unité Radicale. Ils considéraient qu’ils étaient dans une impasse. La particularité des identitaires tient dans leur stratégie pragmatique reposant sur deux piliers : la construction d’une contre-société clanique, promouvant des valeurs viriles traditionnelles, et un activisme utilisant les médias comme caisse de résonance, s’inspirant tant de Gramsci que des méthodes altermondialistes.

Le combat « métapolitique » des identitaires s’est affiné avec le temps et l’échec des mobilisations de masse comme des projets électoraux. Réalistes quant à la limitation de leurs moyens, les leaders du mouvement ont progressivement abandonné les urnes au Front/Rassemblement National, fournissant à ce dernier des cadres et des militants là où il est implanté – notamment dans les villes de Lyon et de Nice.

Il s’agit alors d’abandonner le répertoire d’actions traditionnel de l’extrême droite au profit d’une lutte pour l’hégémonie culturelle. Les identitaires tentent d’imposer leurs thématiques dans l’espace public – parfois avec succès, comme dans le cadre des polémiques autour des minarets ou du racisme anti-blanc. Pour cela, ils déploient un dispositif articulant formation de cadres, présence massive sur les réseaux sociaux et actions coup de poing fortement médiatisées. Cette économie politique rationalisée à l’extrême est cependant fragile. L’extrême dépendance du mouvement vis-à-vis des réseaux sociaux constitue un talon d’Achille : la suppression régulière de ses principaux comptes sur Facebook comme sur Instagram ou Twitter affecte durablement sa capacité à maintenir le lien vital entre la petite équipe militante de Génération Identitaire et ses soutiens numériques.

Des survivances royalistes

Fondée en 1899, l’Action Française constitue la plus veille organisation nationaliste de France et a survécu aux crises successives l’ayant traversée, sa participation à la collaboration sous le régime de Vichy n’étant pas la moindre. Principale organisation royaliste, promouvant le nationalisme intégral théorisé dans la première moitié du vingtième siècle par Charles Maurras, l’Action Française se veut être une école de pensée à même d’offrir une formation doctrinale poussée à ses membres. Elle a su moderniser son image et recruter lors des manifestations contre le mariage pour tous en 2012, sortant ainsi temporairement de son isolement.

La concurrence d’autres groupes d’activistes et le retour de mobilisations collectives portées par la gauche dès la fin du quinquennat de François Hollande ont cependant peu à peu ramené l’Action Française à sa position traditionnelle de « vieille maison ». Minée par les scissions, l’organisation continue d’exister comme structure rémanente repliée sur des activités qui relèvent davantage de la sphère culturelle que de l’action politique, à l’image de ses concurrents.

Doctrine mise à part, le style, la structure, les modes d’action et les thématiques des royalistes ne permettent pas de les différencier radicalement des mouvances identitaires, traditionalistes et néofascistes. Formant et triant les jeunes militants, entretenant une sociabilité clanique, la perméabilité des divers courants de l’extrême droite extra-parlementaire conduit à les mettre en concurrence, d’autant plus que leur public est clairsemé. Leur taille même – quelques dizaines à quelques centaines de militants – est limitée. Une fois de plus, les critiques exprimées vis-à-vis du Rassemblement national contemporain n’empêchent pas le partage des tâches pragmatiques. À l’un l’expression électorale, aux autres la formation de cadres et l’activisme.

Une alt-right francophone ?

La diffusion d’un matériel idéologique très hétérogène par les acteurs de l’extrême droite française bénéficie d’un écho numérique sans commune mesure avec leur capacité de mobilisation militante réduite, souvent considérée à tort comme un indicateur pertinent de leur vivacité.

Il est aujourd’hui courant d’être confronté à des concepts et à des thèmes forgés par ce courant et véhiculés par des supports aussi variés que les vidéos de polémistes, les commentaires inondant les réseaux sociaux ou les images humoristiques telles que les mèmes. L’omniprésence des thématiques de l’extrême droite – et plus largement des droites – sur internet peut s’expliquer par la conjonction de deux facteurs.

D’une part, la dialectique toxique entre extrême droite et médias donne à la première une caisse de résonance que ses militants ont appris à utiliser de la manière la plus efficace possible au cours des dernières décennies. Les questionnements identitaires et sociétaux, les faits divers sordides et les polémiques les entourant constituent une manne pour des médias dont le modèle économique dépend de leur capacité à attirer un public. Bien entendu, le champ médiatique est morcelé : si certains médias alimentent cyniquement les polémiques du moment, d’autres tentent d’apporter un regard critique et de promouvoir un dialogue informatif. L’effet de caisse de résonance reste cependant semblable.

D’autre part, la marginalisation de l’extrême droite dans l’espace public entraîne un phénomène de surinvestissement compensatoire. Ses acteurs vont privilégier l’activisme numérique faute d’accès à d’autres espaces d’expression : les mobilisations publiques étant conflictuelles et dangereuses, susceptibles de donner une image de faiblesse, Internet devient au contraire un espace privilégié, investi très tôt par le Front National.

Se développent donc un ensemble de réseaux communautaires plus ou moins idéologisées, fonctionnant en cercles concentriques allant des simples « trolls » aux militants pré-terroristes, sur un modèle similaire à l’Allemagne, à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis où s’est développé dans le sillage de Donald Trump une alt-right. Cette effervescence banalise les thèses de l’extrême droite sans pour autant se traduire mécaniquement par un afflux militant, de tels réseaux restant vaporeux et fragiles.

Parmi leurs principaux animateurs se trouvent de jeunes vidéastes ayant généralement bâti leur notoriété sur YouTube et maîtrisant les codes des réseaux sociaux. Là encore, il semble difficile de délimiter avec précision cette sphère d’influence, regroupant tant des propagandistes développant une grille de lecture idéologique que des personnalités perméables à ces idées et s’en faisant le relais. L’agitation virtuelle peut alors devenir un gagne-pain : une fois une communauté fidélisée, le militant se transforme en entrepreneur vendant ses conseils de séduction, son coaching sportif ou ses produits survivalistes.

Les youtubeurs d’extrême droite se spécialisent dans la production de contenu ludique et agressif. Les questions économiques ou historiques sont délaissées pour se concentrer sur des sujets sociétaux et cadrer l’actualité à partir d’une lecture binaire. Cette attaque en règle contre les mouvements féministe, antiraciste ou écologiste, mêlant théories du complot et valorisation d’une identité européenne traditionnelle, se développe comme un parfait miroir des revendications postmodernes. La lutte autour d’identités perçues comme menacées permet de faire l’économie d’une réflexion sur les structures économiques ou politiques. L’alimentation de clivages souvent artificiels a alors des effets performatifs sur les débats traversant la société.

En réponse à ce phénomène, l’action des pouvoirs publics se concentre sur les actes et propos violant la loi. Mais l’attitude des principaux réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook, accusés un temps de tolérance excessive, doit être attentivement scrutée : la tendance est à une extension de la censure des contenus par des plateformes souhaitant conserver et étendre leur monopole. Il serait alors naïf d’y voir un garde-fou démocratique quand de telles prérogatives sont également employées pour invisibiliser la contestation sociale.

L’usage de la violence : mythe et réalité

Si une partie de l’extrême droite admet effectivement se préparer à des actions violentes, la menace reste difficile à évaluer. Un fossé existe entre le discours et le passage à l’acte. Les attentats déjoués comme les réseaux démantelés au cours des dernières années donnent cependant une idée de l’ampleur du phénomène. Plusieurs dizaines d’individus ont été visés dans ce cadre par des procédures judiciaires. Nouvelle OAS, Action des forces opérationnelles, Blood and Honour… Ces groupes sont hétérogènes en termes d’objectifs comme de composition.

Au-delà des affiliations idéologiques diverses, la perspective d’un effondrement civilisationnel à venir est une caractéristique commune, qu’il prenne la forme d’une « guerre raciale », d’une dystonie totalitaire ou d’une catastrophe environnementale. S’y préparer conduit à accélérer le phénomène, les groupes radicaux cherchant en permanence une confirmation à leurs thèses dans l’actualité. Le développement d’une mouvance survivaliste marquée par un pessimisme sociétal proche des thèses de l’extrême droite américaine constitue ici un pont réel entre le grand public et des individus ou structures susceptibles de recourir à la violence. Car une autre caractéristique de l’extrême droite contemporaine est d’entretenir un flou entre les notions d’autodéfense, de sécurité, de protection des biens et des personnes d’une part, et la capacité à se montrer offensif d’autre part.

Au regard de la conjoncture politique actuelle, les perspectives insurrectionnalistes des marges de l’extrême droite restent cependant largement fantasmagoriques. Faute de danger subversif imminent, les projets guerriers restent des plans tirés sur une comète. Mais les brusques accélérations de l’Histoire impliquent de ne pas sous-estimer les possibilités de développement de cette mouvance, et de prendre au sérieux ses projets. Les attentats commis en Europe comme aux États-Unis – le plus souvent par des acteurs isolés qui agissent sous les radars, qualifiés de loups solitaires – invitent à prendre en compte les phénomènes de radicalisation individuelle et à observer l’écho de tels actes. L’isolement organique des criminels est un trompe-l’œil si on néglige de considérer l’existence d’un public qui approuve ou relativise leurs actions. Dans le cas américain, dont l’influence sur les réseaux francophones est considérable, la présence numérique de l’alrt-right donne une visibilité et un soutien tacite ou explicite à la violence militante.

Subversion ou parti de l’ordre ?

Il serait cependant réducteur de ne considérer que deux faces du phénomène, l’une respectant le cadre institutionnel républicain, l’autre cherchant à le déstabiliser par tous les moyens. Il existe au contraire une dialectique particulière les liant. Celle-ci participe d’une interdépendance de ces deux faces, la conquête et l’occupation d’un espace électoral qui nécessite des cadres et des militants. Unité Radicale, groupe nationaliste-révolutionnaire précurseur des Identitaires, affirmait ainsi très clairement cette séparation des tâches actée dès le tournant du siècle : « En l’état actuel de notre développement, notre stratégie n’est pas une stratégie de prise de pouvoir (nous laissons cela au Mouvement national républicain ou au Front national) mais une stratégie de développement interne et d’influence externe. »

Dépasser cette dichotomie implique donc de considérer la symbiose existant entre des courants apparemment rivaux, dont les positions sont trop souvent analysées à travers la présentation subjective qu’en font les acteurs, plutôt que de manière objective. Il apparaît utile au Front/Rassemblement National de satelliser un ensemble de chapelle pouvant permettre de capter divers électorats, sinon de former ses cadres. Un exemple typique de la fin des années 2000 est l’opposition théorique violente entre les groupes de droite sionistes tels que la Ligue de Défense Juive et le polémiste antisémite Alain Soral, les deux formations appelant in fine à voter pour Marine Le Pen. Leurs discours antagoniques s’adressent à des clientèles électorales irréconciliables tout en défendant un même choix tactique. Plus récemment, à la faveur de la crise ukrainienne, une stratégie de prise en étau similaire est mise en place. L’ambiguïté du Front/Rassemblement National quant à ses positions internationales lui offre le soutien de partisans de la politique étrangère russe comme de nationalistes défendant une Ukraine indépendante.

La rentre électorale dont bénéficie l’actuel Rassemblement National pousse ses dirigeants à une certaine prudence pour renforcer ces acquis locaux comme nationaux. Entretenir un flou programmatique ouvre un espace à des formations idéologisées qui défendent une stratégie plus radicale, considérant qu’un éventuel triomphe électoral du parti lepéniste ne serait qu’une première étape devant être accompagnée de mobilisations massives. Cette tentation subversive ne rencontre cependant pour l’instant qu’un écho limité dans une classe dirigeante se sentant rarement menacée par un péril révolutionnaire. Les élites économiques du pays adoptent ainsi une attitude ambivalente : l’invitation finalement annulée de Marion Maréchal à l’université d’été du Medef à l’été 2019 témoigne des dissensions existant au sein du syndicat patronal quant à l’attitude à adopter à son égard.

Si la capacité d’Emmanuel Macron à capter une partie significative de l’électorat des Républicains en incarnant le parti de l’ordre a pu rassurer des secteurs conservateurs importants, il est probable que Marine Le Pen approfondisse son positionnement social pour s’en démarquer. La capacité de sa formation partisane à incarner une option politique crédible comme la définition de ses axes programmatiques dépendra alors largement de la conjoncture sociale, et particulièrement du discrédit de la classe politique en place. Nicolas Lebourg rappelle à ce propos que « si la technique de la contre-révolution préventive sait répondre aux aspirations antisubversives d’amples segments sociaux, les tentatives de construction d’une extrême droite subversive n’ont jamais abouti (l’Italie offrant une gamme complète d’exemples historiques sur ces positionnements) ». L’arsenal sécuritaire inégalé adopté en France au cours des dernières années par les gouvernements successifs et le traitement brutal des mouvements sociaux tels que celui des Gilets Jaunes rappellent que la réponse répressive à toute contestation sociale n’est certainement pas l’apanage de l’extrême droite.

L’article Où en est l’extrême droite française ? est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

from lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer https://ift.tt/2NMkmPX
via IFTTT

Débat du jour – Le football français est-il au bord de la rupture?

Compétitions annulées, matches à huis clos, audiences en chute libre, affaire des droits TV, guerre de succession à la fédération: le football français vit des heures plus que difficiles, et pas seulement à cause de la pandémie de coronavirus. Sa gestion interroge, à l’heure où le sport en général se prépare à une cure d’amaigrissement. Les clubs vont-ils faire faillite ? Les joueurs pro doivent-ils accepter de baisser leurs salaires ? Comment sauver le football amateur et la formation des futurs professionnels ?

Pour en débattre :

– Sylvain Kastendeuch, ancien joueur et co-président de l’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels)

– Jean-Pascal Gayant, économiste du Sport, professeur à l’Université du Mans, auteur de « L’économie du sport », aux éditions Dunot et du blog Money Time sur Le Monde.fr

– Cédric Roussel, député LREM des Alpes Maritimes, secrétaire de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation et à l’initiative d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Mediapro.

from Débat du jour https://ift.tt/2Ynbm5J
via IFTTT

Décryptage – Vendée Globe: dépassement de soi et défi technologique

80 jours et autant de paquets de mer, de nuits d’angoisse, de solitude, de courage, d’avaries, et pour deux d’entre eux un sauvetage épique. Ce fut une édition un peu folle cette année du Vendée Globe, la seule course à la voile en solitaire sans escale et sans assistance sur laquelle on va revenir aujourd’hui, et qui s’est terminée la nuit dernière nuit, aux Sables d’Olonne, pour les premiers concurrents. 

Comment ces hommes ont pu tenir ? Jusqu’où le dépassement de soi peut-il amener ces sportifs aidés par une technologie de plus en plus performante ? 

Avec nos invités : Pierre-Yves Lautrou, journaliste et cofondateur du média spécialisé Tip & Shaft  et Yann Eliès, navigateur français. 

 

 

from Décryptage https://ift.tt/2M51P0V
via IFTTT

Débat du jour – Faut-il confiner les personnes vulnérables?

Alors que les rumeurs d’un reconfinement prennent de plus en plus d’ampleur en France, une idée est lancée par certains médecins épidémiologistes: et si l’on demandait à certaines catégories de la population (les plus fragiles) d’éviter tout contact extérieur, en attendant d’être vaccinées? Une méthode qui permettrait d’éviter un confinement de tout le pays et de ne pas bloquer une nouvelle fois l’activité économique. Cette hypothèse est loin de faire l’unanimité, pour des raisons sanitaires, morales et politiques.

Pour en débattre :

Marie de Hennezel, psychologue écrivain, auteur de nombreux livres entre autres “L’adieu Interdit “, éditions PLON

Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication politique à Sciences Po et auteur de la bande dessinée “Le Président”, éditions Les Arènes

Philippe Blachier, épidémiologiste, spécialiste en santé publique

 

from Débat du jour https://ift.tt/2MwTPVX
via IFTTT

Décryptage – La mafia calabraise N’Drangheta sur le banc des accusés

Reprise ce mercredi du procès de la ‘Ndrangheta, la mafia la plus puissante d’Italie. Au total, 325 de ses membres ainsi que des complices comparaissent. 900 témoins devraient également être entendus. Il s’agit du deuxième plus grand procès de l’histoire de l’Italie après celui en 1986 contre la Cosa Nostra Sicilienne.

Quelle est cette organisation tentaculaire qui est présente dans le monde entier et que faut-il attendre de ce procès historique? 

Avec notre invitée Clotilde Champeyrache, économiste, spécialiste de la mafia. Maîtresse de conférences à l’université Paris 8 et enseignante criminologie au Cnam  

from Décryptage https://ift.tt/3orKo7A
via IFTTT

Normalisation des relations entre le Maroc et Israël : décryptage d’un accord aux retombées multiples pour Rabat

Dans la lignée des récents accords conclus entre des pays arabes et Israël, le Maroc accepte de normaliser à son tour ses relations avec l’Etat hébreu. Les retombées de ce deal entre Rabat, Washington et Tel-Aviv – au premier rang desquelles la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental – ont fait trancher le régime marocain en faveur de cet accord. Au détriment de l’opinion de la société marocaine ?

Et un de plus. Le 12 décembre dernier, le Maroc est devenu le sixième pays arabe à reconnaître officiellement l’existence de l’Etat d’Israël : le troisième sous la présidence de Donald Trump, après le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Soudan. Qualifié de « percée diplomatique historique » par Nasser Bourita, le ministre des Affaires étrangères marocain, de « dangereux » pour James Baker, l’ex-envoyé spécial de l’ONU au Sahara Occidental, cet accord prévoit la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental par les Etats-Unis, en échange d’une normalisation des relations israélo-marocaines, rompues officiellement depuis l’intifada palestinienne de 2000 par le gouvernement socialiste d’Abderahman El Youssoufi.

Une décision délicate, qui se justifie par la primauté d’une cause nationale sur une cause panarabe dans l’impasse depuis l’échec des accords d’Oslo en 1993. Le 4 février dernier, M. Bourita semblait déjà préparer le terrain pour cette annonce lorsque qu’il affirmait que les Marocains ne pouvaient pas être « plus Palestiniens que les Palestiniens », rappelant par la même occasion que « la première question de la diplomatie marocaine est la question du Sahara marocain ». Une priorité dorénavant clairement affichée, et qui doit permettre au Maroc, à travers cet accord, d’avancer un peu plus vers une résolution du dossier du Sahara Occidental.

REGAIN DE TENSIONS DANS UN CONFLIT GELE

Dans le conflit gelé qui oppose Rabat aux rebelles indépendantistes du Front Polisario depuis l’annexion de ce territoire en 1975, la mèche n’a jamais été complètement éteinte. En témoigne la récente intervention de l’armée marocaine pour rétablir le trafic sur la route de Guergerat, à la frontière avec la Mauritanie. Si la riposte armée n’est pas la principale crainte de Rabat, le regain de tensions pourrait en revanche avoir des conséquences diplomatiques incertaines. Régulièrement exhorté par l’ONU à s’engager sur la voie du référendum d’autodétermination, que souhaitent le Front Polisario et leurs alliés Algériens, le Royaume a fait du statut quo actuel un gage de stabilité, puisqu’il lui permet d’administrer de facto 80% du territoire sahraoui. Pour le Palais, s’octroyer un allié de taille dans ce conflit est un atout considérable.

Les retombées économiques de cet accord sont également mises en avant, surtout pour une économie marocaine laminée par la pandémie et par une très faible pluviométrie dont dépend grandement le secteur agricole. Au-delà des trois milliards de dollars d’investissements promis par Washington à Rabat, la mise en place de liaisons aériennes directes avec Israël, prévues pour le mois de mars, va aussi permettre au Royaume de renforcer ses liens avec les 800.000 Israéliens d’origine marocaine (un dixième de la population totale). 200.000 touristes israéliens sont d’ores et déjà attendus en 2021, contre 50.000 en moyenne chaque année ; de quoi relancer un secteur touristique mis à l’arrêt par l’épidémie de covid-19.

UNE « DIPLOMATIE COMMERCIALE » ENCOMBRANTE

L’accord est aussi la promesse d’une marge de manœuvre diplomatique plus large pour le Royaume chérifien, empêtré dans un conflit aux ingérences étrangères diverses et complexes. Si l’Algérie a été claire dans sa stratégie, en se rangeant dès le départ du côté des indépendantistes sahraouis afin de freiner les volontés expansionnistes du Maroc, la France, quant à elle, pratique un jeu plus trouble. Entretenant de fortes relations avec son ancien protectorat qu’elle considère aujourd’hui comme un « pays ami », Paris a toujours tâché de ne pas manifester un soutien trop apparent à Rabat, de peur de froisser Alger.

Toujours est-il que ce soutien, même poussif, s’avère extrêmement couteux pour le Maroc.  Parmi les multiples marchés publics accordés aux entreprises françaises, le projet de TGV reliant Tanger à Casablanca a été le plus polémique. Ne voulant pas froisser son allié français suite à l’acquisition de F-16 américains en lieu et place des Rafale de Dassault, le Maroc a rectifié le tir en commandant une ligne de TGV auprès d’Alstom et SNCF International en 2011. Inauguré en 2015, le projet a été dénoncé par de nombreux économistes pour son coût élevé : près de 23 milliards de dirhams (soit environ 2,1 milliards d’euros). Une initiative d’autant plus critiquée que dans le même temps, les lignes de trains marocaines souffrent d’un désinvestissement chronique, et des régions entières ne disposent toujours pas d’infrastructures de transport de base…

Cette « diplomatie commerciale » est aussi à l’ordre du jour avec le voisin espagnol. Ancienne puissance tutélaire du Sahara Occidental, l’Espagne n’a jamais été sourde face au désir d’indépendance des Sahraouis. Mais les liens commerciaux et économiques qu’entretient Madrid avec Rabat (14 milliards d’euros d’échanges en 2018) – en plus de sa présence dans les enclaves marocaines de Ceuta et Melilla – l’obligent à adopter une position moins engagée sur ce conflit. En février dernier, lorsqu’un membre de Podemos a reçu une représentante du Front Polisario, la ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzalez s’est efforcée d’apaiser Rabat en rappelant que Madrid « ne reconnaissait pas la RASD (République Arabe Sahraoui Démocratique) ».

L’OPINION PUBLIQUE : LE FACTEUR X

Reste donc à savoir ce que pense le peuple marocain de cette reconnaissance (officielle) de l’Etat d’Israël. Si la cause palestinienne est reléguée au second plan chez une partie des jeunes, plus préoccupés par l’accès au travail que par un panarabisme aux retombées peu visibles, il n’en reste pas moins que le sujet demeure primordial chez de larges franges de la société marocaine. À commencer par les islamistes modérés du Parti de la Justice et du Développement, dont est issu l’actuel Premier ministre. Fermement opposé à la reconnaissance d’Israël, M. El Othmani n’avait pas hésité à condamner toute éventuelle normalisation des relations avec l’Etat hébreu le 23 aout dernier lors du Forum national de la Jeunesse du parti.

Une sortie médiatique qui eut l’effet d’un coup d’épée dans l’eau, puisque sur ce dossier – comme tant d’autres -, c’est le Palais qui dicte la marche à suivre. Mais si les islamistes modérés n’ont pas fait de vagues, et que la gauche marocaine, alliée traditionnelle de la cause palestinienne, ne pèse plus vraiment dans l’opinion, d’autres sont là pour reprendre le flambeau de la contestation. C’est le cas de « Al Adl wal Ihsan » (Justice et Bienfaisance), une mouvance islamiste fondamentaliste à la portée difficilement quantifiable, qui a d’ores et déjà organisé plusieurs sit-in devant des mosquées marocaines afin de condamner cette normalisation des relations israélo-marocaines. Nul doute, donc, que la monarchie marocaine va garder un œil attentif sur les conséquences à long terme de cette signature.

L’article Normalisation des relations entre le Maroc et Israël : décryptage d’un accord aux retombées multiples pour Rabat est apparu en premier sur lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer.

from lvsl.fr – Tout reconstruire, tout réinventer https://ift.tt/3omItBa
via IFTTT

Débat du jour – Pandémie en Europe: faut-il limiter les voyages?

C’est un débat qui agite l’Europe en ces temps de pandémie. Alors que le virus et ses variants circulent de pays en pays, comment faire en sorte d’éviter une catastrophe plus importante encore ? Faut-il instaurer un passeport sanitaire, autrement dit imposer un certificat de vaccin avant de pouvoir se déplacer ? L’idée fait son chemin chez certains professionnels notamment désireux de relancer les voyages d’affaires. Elle est, pour l’instant, jugée prématurée par les dirigeants politiques.

Les 27, en revanche, semblent davantage partisans de restrictions plus strictes lors des passages aux frontières, l’interdiction des voyages non essentiels ; en d’autres termes, la suspension des activités touristiques sur le Vieux Continent. Un questionnement qui, naturellement, peut intéresser les habitants de toute la planète.

 

Pour en débattre :

– Mylène Ogliastro, virologue, chercheuse à l’Inrae à Montpellier, membre du Conseil scientifique de Corse, l’île de Méditerranée dont elle est originaire

– Philippe Lamberts, député européen, député belge, co-président du groupe Les Verts – Alliance libre européenne au Parlement

– David Habib, vice-président de l’Assemblée nationale française et député des Pyrénées-Atlantiques, département frontalier de l’Espagne.

 

from Débat du jour https://ift.tt/3qLCFD4
via IFTTT